
Quatre décennies de casse-tête fiscal s'achèvent dans une farce administrative
Les électeurs suisses sont confrontés à un choix entre une armée de nouveaux inspecteurs des impôts et un code fiscal fédéral fracturé.
Par Andreas Hofer

Quatre décennies après que le Tribunal fédéral suisse a jugé illégale la pénalité fiscale imposée aux couples mariés, l'électorat suisse se voit présenter une nouvelle tentative de résolution du problème. Le 29 novembre, les électeurs décideront s'ils soutiennent une initiative lancée par le parti Le Centre, qui promet d'éliminer le désavantage fiscal pour les couples mariés sans démanteler la déclaration fiscale conjointe traditionnelle.
Ce vote intervient peu après la décision de mars d'introduire la taxation individuelle. Pourtant, au lieu de la clarté, les citoyens sont désormais confrontés à une querelle technique complexe sur la meilleure façon d'équilibrer les recettes de l'État et la simplicité administrative. Le Centre soutient que la taxation individuelle pénalise les modèles familiaux traditionnels et insiste sur le fait que l'égalité de traitement doit s'appliquer à tous les couples, mariés ou non. Les opposants, cependant, soulignent les réalités financières et pratiques des deux approches.
Les implications administratives de la taxation individuelle sont en effet redoutables. La Conseillère nationale UDC Katja Stettler-Riem a averti que le passage de chaque citoyen à une déclaration fiscale individuelle générerait 1,7 million de déclarations supplémentaires, nécessitant plus de 1 000 nouveaux fonctionnaires fiscaux pour les traiter. Pourtant, l'alternative proposée par Le Centre n'offre guère de soulagement face à l'absurdité administrative. La Ministre des Finances Karin Keller-Sutter a publiquement contredit les affirmations des dirigeants du Centre, soulignant que leur initiative ne l'emporterait sur la taxation individuelle qu'au niveau de l'impôt fédéral direct, laissant les autorités cantonales et locales fonctionner selon des règles entièrement différentes.
Le débat a également un coût considérable. La Conseillère nationale verte Franziska Ryser a estimé qu'un modèle de splitting complet entraînerait une perte de trois milliards de francs suisses en recettes fiscales, dont 2,4 milliards de ces économies reviendraient aux dix pour cent des contribuables les plus riches. Compenser un tel déficit sans coupes budgétaires sévères nécessiterait inévitablement d'augmenter la taxe sur la valeur ajoutée, reportant le fardeau sur l'ensemble de la population. Pendant ce temps, la social-démocrate Eva Herzog soutient que la taxation individuelle reste la seule voie conforme à la vie professionnelle moderne, car la structure fiscale existante reflète toujours un modèle de ménage à un seul revenu obsolète.
À l'approche du jour du scrutin, le choix qui s'offre à l'électorat semble moins porter sur la justice fondamentale que sur la sélection d'une forme préférée d'inefficacité. Les électeurs doivent décider s'il faut augmenter le personnel de l'État pour gérer des millions de nouveaux formulaires fiscaux, ou accepter un système hybride où les autorités fédérales et cantonales gèrent les impôts selon des régimes entièrement conflictuels. En fin de compte, la quête de longue date de la Suisse pour corriger la pénalité fiscale liée au mariage semble destinée à produire plus de complexité administrative, quel que soit le résultat.
Écrit par Andreas Hofer andreas.hofer@alpineweekly.com



