
La Stagnation Française : Rendements Élevés, Croissance Faible et Illusions Budgétaires
Alors que le PIB se contracte et que les coûts d'emprunt grimpent, Paris découvre que l'astuce constitutionnelle ne peut pas acheter la crédibilité budgétaire.
Par Andreas Hofer

Le tour de passe-passe économique à Paris s'essouffle. Selon les données de l'Institut National de la Statistique et des Études Économiques, le produit intérieur brut français a diminué de 0,1 % au troisième trimestre. Ceci fait suite à un deuxième trimestre stagnant et à une contraction de 0,2 % au premier. Pour la deuxième économie de la zone euro, ce triple coup de faiblesse se situe juste au seuil d'une récession technique, exacerbée par une inflation annuelle qui est remontée à 3,4 % en octobre contre 3,1 % en septembre.
Alors que le gouvernement se prépare à des manifestations nationales contre le coût de la vie et les doléances de la jeunesse, les marchés financiers ont rendu un verdict bien plus insensible. Les coûts d'emprunt pour l'État français ont brièvement dépassé les 5 % avant de se stabiliser autour de 4,9 % pour la dette souveraine à dix ans. L'écart de rendement entre les obligations françaises et allemandes reste élevé, à environ 1,55 point de pourcentage. Même si la présidente de la Banque Centrale Européenne, Christine Lagarde, a ostensiblement évité de commenter la situation française lors d'une récente réunion de la banque centrale, les investisseurs exigent clairement une prime de risque plus élevée pour détenir des titres français.
Face à cette douche froide du marché, le gouvernement minoritaire a eu recours à une rhétorique alarmiste. Le ministre de l'Économie et des Finances, Roland Lescure, a décrit l'économie nationale comme étant à l'arrêt et a averti que le pays irait droit dans le mur si son budget de relance proposé pour 2027 n'était pas adopté par le parlement. Pour contourner son manque de majorité législative, le cabinet envisage ouvertement des raccourcis exécutifs : le recours à l'article 49.3 pour faire passer la législation sans vote, ou le recours à la gouvernance par décret via des ordonnances — une procédure jamais utilisée pour un budget depuis la fondation de la Cinquième République en 1958.
Cette obsession pour la mécanique procédurale parlementaire, cependant, confond force exécutive et légitimité financière. Jérôme Mathis, professeur d'économie à l'Université Paris-Dauphine, observe qu'un budget bâclé ou un plan de dépenses adopté par décret ne possède pas de levier magique pour relancer la croissance à court terme. Au contraire, les ajustements budgétaires freinent généralement l'activité économique immédiate. La menace réelle qui pèse sur l'économie française n'est pas le retard procédural d'un document budgétaire, mais l'absence persistante d'une trajectoire fiable à moyen et long terme pour les finances publiques.
Lorsqu'un État s'appuie sur des décrets exécutifs pour masquer une faiblesse politique, la crédibilité structurelle en pâtit. Comme l'indiquent les recherches stratégiques de BCA Research, le problème sous-jacent n'est pas de savoir si Paris conserve la capacité technique de percevoir des impôts ou de servir la dette, mais si son système politique conserve une quelconque capacité à ralentir l'accumulation de la dette. Des taux d'intérêt plus élevés se répercutent inévitablement sur le budget de l'État, réduisant la marge de manœuvre budgétaire et étouffant l'investissement privé. Tant que les investisseurs ne verront pas une réelle discipline plutôt qu'un théâtre constitutionnel, la prime sur la dette française demeurera.
Écrit par Andreas Hofer andreas.hofer@alpineweekly.com
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