
L'art de brûler des milliards
Le deuxième réseau public allemand a enregistré un déficit de 80 millions d'euros malgré des revenus record.

Gérer un déficit budgétaire de près de 80 millions d'euros en une seule année nécessite soit une malchance extrême, soit une mentalité institutionnelle particulière. Pour la deuxième chaîne de télévision publique allemande, la ZDF, il semble que ce soit la seconde option. En 2025, le diffuseur a engrangé un montant stupéfiant de 2,63 milliards d'euros, soit 91,8 millions d'euros de plus que l'année précédente. Pourtant, lorsque les comptes financiers ont été clôturés, l'institution s'est retrouvée en déficit de 78,6 millions d'euros, manquant son propre objectif fiscal de près de 50 millions.
L'explication officielle de Mayence est arrivée avec une rapidité prévisible : les Länder (États fédéraux) sont à blâmer. En refusant de mettre en œuvre l'augmentation de 58 centimes des redevances mensuelles recommandée par la commission financière KEF, les politiciens des États auraient privé le réseau de ses fonds légitimes. Le fait que les revenus aient en réalité augmenté d'année en année est traité comme un détail mineur. L'ARD et la ZDF se sont depuis longtemps tournées vers la Cour constitutionnelle fédérale de Karlsruhe pour faire passer l'augmentation des prix, apparemment convaincues que le financement public est un droit fondamental plutôt qu'une charge civique.
Un examen plus approfondi des postes budgétaires révèle où l'argent s'écoule. Les dépenses de programmes ont légèrement diminué pour atteindre 1,38 milliard d'euros, une réduction modeste de 33 millions d'euros, due en grande partie à l'absence de retransmissions sportives coûteuses comme les Jeux olympiques ou les championnats de football européens qui avaient gonflé les budgets de 2024. Alors que des obligations de pension moindres ont offert un soulagement temporaire sur les dépenses de personnel, les dépenses directes en salaires et cotisations sociales ont poursuivi leur trajectoire ascendante constante.
Cet appétit fiscal se heurte à un public de plus en plus mécontent. Les téléspectateurs ne paient pas seulement plus pour moins ; ils sont soumis à une programmation qui abandonne fréquemment la neutralité éditoriale au profit d'une satire agressive. Une séquence récente du « ZDF Magazin Royale », animée par Jan Böhmermann, a montré un accident mortel simulé ciblant une campagne électorale locale du politicien de l'AfD Ulrich Siegmund. De tels spectacles ne font pas grand-chose pour convaincre les contribuables que leurs contributions forcées financent un discours public de haute volée.
Lorsqu'une organisation isolée des forces du marché réagit à un surplus de revenus en exigeant encore plus d'argent obligatoire, le problème structurel est évident. Karlsruhe pourra éventuellement se prononcer sur les aspects juridiques de l'augmentation des redevances, mais la question fondamentale demeure : combien de temps la radiodiffusion publique peut-elle exiger une expansion automatique tout en s'isolant de la réalité économique de base ?
Écrit par Christiane Hofreiter christiane.hofreiter@alpineweekly.com
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