
Hêtres brûlés par le soleil et jeunes pousses subventionnées : le coût d'une forêt suisse sûre
La hausse des températures contraint à des abattages d'urgence à Bâle-Campagne, transformant les forêts locales d'actifs commerciaux en parcs financés par l'État.

La canopée vibrante de la forêt de Burgenrain à Sissach offre une illusion de santé immaculée. Pour l'observateur occasionnel, les bois du canton de Bâle-Campagne ressemblent exactement à ce qu'un paysage suisse bien géré devrait être : ordonné et intemporel. Pourtant, cette façade masque une intervention agressive, car d'importantes étendues de forêt ont été abruptement défrichées au cours des douze dernières années.
La population locale réagit avec un effroi prévisible lorsque des arbres familiers disparaissent. Le garde forestier adjoint du district, Reto Hänni, qui supervise 1 400 hectares, note que la pression publique sur le secteur forestier augmente. Les habitants déplorent la perte, apparemment inconscients que laisser un arbre mort près d'une voie publique est une responsabilité qu'aucun propriétaire foncier ne peut se permettre.
La principale victime de cet environnement changeant est le hêtre. Les températures dans le nord-ouest de la Suisse ont augmenté en moyenne de 3,2 degrés Celsius depuis le début des relevés. La population d'arbres actuelle devrait être déplacée 600 mètres plus haut dans les montagnes pour retrouver ses conditions climatiques idéales. Laissés à cuire sous la chaleur des plaines, les hêtres souffrent littéralement de coups de soleil.
La lumière directe du soleil brûle l'écorce jusqu'à ce qu'elle se détache, arrêtant complètement le métabolisme de l'arbre. Si le soleil ne les tue pas, la maladie de la coulée de sève termine généralement le travail. Les infestations de parasites affaiblissent les arbres, invitant des infections fongiques qui perturbent le flux de sève et font pourrir le tronc de l'intérieur.
Lorsqu'une forêt devient un danger, la machine étatique suisse, réputée pour son efficacité, se met en marche. Les propriétaires forestiers sont strictement responsables des blessures causées par la chute de branches, et si un district ne parvient pas à sécuriser ses bois, le canton intervient. Niggi Bärtschi de la municipalité de Sissach souligne que la foresterie moderne ne peut plus se financer par les ventes de bois.
La forêt est essentiellement passée d'un actif commercial à un parc public fortement subventionné. Heureusement, la Suisse est suffisamment riche pour absorber ce coût. Le canton de Bâle-Campagne maintient un budget dédié pour garantir que les bois restent sûrs pour les promeneurs du week-end, socialisant ainsi la facture de l'adaptation climatique.
L'adaptation, plutôt que la simple préservation, est le nouveau mandat. Les lisières de forêt traditionnelles qui descendent abruptement vers la route sont progressivement remplacées par une structure étagée. Des arbres et arbustes plus petits formeront désormais une barrière protectrice, protégeant les troncs plus grands du soleil estival et des coups de vent hivernaux.
Suite aux abattages d'urgence, la loi exige un reboisement immédiat. Sur une pente récemment défrichée, 500 jeunes pousses de chêne, d'érable de Norvège et de cerisier ont été plantées. Ces espèces sont bien mieux équipées pour supporter la hausse du mercure que les frêles hêtres qu'elles remplacent.
Les processus de nettoyage ont également été modernisés. Les grandes piles de branches ne sont plus transportées, mais laissées à pourrir, offrant des habitats aux hérissons et aux renards. La forêt suisse du futur aura un aspect fondamentalement différent, peuplée de nouvelles espèces et gérée avec une efficacité discrète et bien financée.
Écrit par Martina Kirchner martina.kirchner@alpineweekly.com
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