La manne protectionniste : comment le chaos des tarifs américains a gonflé les bénéfices de Nintendo

Une décision de la Cour suprême contre les taxes commerciales de Donald Trump a offert au géant japonais du jeu vidéo une flambée de profits massive, exposant les absurdités des taxes douanières arbitraires.

The Protectionist Windfall: How US Tariff Chaos Padded Nintendo's Bottom Line

Le protectionnisme, il s'avère, peut être très lucratif pour les entreprises étrangères mêmes qu'il entend pénaliser. Nintendo a enregistré une augmentation stupéfiante de 53,5 % de ses bénéfices trimestriels, atteignant 147,4 milliards de yens pour les trois mois jusqu'en juin. Ce chiffre a largement dépassé les prévisions des analystes qui tablaient sur 77,8 milliards de yens.

Pourtant, ce triomphe financier n'a pas été conçu dans les studios de développement de Kyoto, mais plutôt dans les tribunaux de Washington. Malgré une demande robuste pour la console Switch 2, lancée l'été dernier, et des performances stables de titres phares comme Yoshi et le Livre Mystérieux, Star Fox, et Pokémon Pokopia, le chiffre d'affaires réel de l'entreprise a diminué de 10 % pour atteindre 517,8 milliards de yens. La flambée des bénéfices était entièrement artificielle, due à un remboursement massif de tarifs douaniers par le gouvernement des États-Unis.

En février, la Cour suprême des États-Unis a annulé les vastes taxes commerciales de Donald Trump, les déclarant illégales. L'administration a ensuite été contrainte de restituer environ 100 milliards de dollars sur les 165 milliards qu'elle avait prélevés sur les importateurs. Nintendo, ayant absorbé ces taxes douanières arbitraires, a soudainement vu son bilan inondé de capitaux restitués. Les marchés financiers ont naturellement applaudi cette manne, faisant grimper les actions du fabricant de jeux japonais cotées à Tokyo de 2,87 % jeudi, suite à la publication des résultats.

Sans surprise, l'apparition soudaine de fonds publics a déclenché une course pour une part du gâteau. Nintendo poursuit actuellement la Maison Blanche pour le solde restant de ses dépenses tarifaires, exigeant une restitution intégrale plus les intérêts. Pendant ce temps, les consommateurs américains ont intenté un recours collectif contre le géant du jeu vidéo. Leur grief repose sur le fait que Nintendo aurait augmenté les prix de vente pour compenser les tarifs initiaux et empoche désormais le remboursement au lieu de répercuter les économies sur les consommateurs. Les représentants légaux de l'entreprise ont catégoriquement rejeté le litige de consommation comme étant sans fondement juridique, arguant que les acheteurs ont volontairement payé le prix du marché pour les biens qu'ils ont reçus.

La leçon économique plus large semble avoir été entièrement perdue par les décideurs politiques. L'administration Trump continue de défendre les tarifs douaniers comme un instrument de relance industrielle nationale et de réduction du déficit, malgré les preuves flagrantes de leur mise en œuvre chaotique. Pas plus tard que le mois dernier, une nouvelle salve de taxes a été imposée à plus de 80 pays, dont le Japon.

Comme on pouvait s'y attendre, cela a déjà déclenché une autre rébellion juridique, avec une coalition de 25 États américains poursuivant l'administration pour les nouvelles barrières commerciales. Pour les multinationales, la politique commerciale américaine s'est transformée en un cycle volatil de taxation, de litiges et de remboursements éventuels. C'est une manière très inefficace de gérer une économie, mais parfois une excellente façon de dépasser les estimations de bénéfices trimestriels.

Écrit par Sandy van Dongen sandy.vandongen@alpineweekly.com