
Oublier de demander : les trous de mémoire profitables de Swiss Telecom
Swisscom a contourné les permis obligatoires pour une mise à niveau 5G à Fribourg, exposant la touchante naïveté des autorités cantonales.

Les trous de mémoire sont un phénomène fascinant dans la gouvernance d'entreprise. Lorsqu'un citoyen ordinaire construit un abri de jardin sans permis, tout le poids de l'État s'abat sur lui avec une vengeance bureaucratique rapide. Pourtant, lorsqu'un fournisseur de télécommunications massif met à niveau une antenne mobile sans autorisation, l'incident est régulièrement balayé comme une simple omission. Ce curieux double standard est actuellement pleinement visible dans le canton de Fribourg, où Swisscom a simplement contourné le processus d'approbation obligatoire pour une nouvelle installation 5G.
La mise à niveau non autorisée serait probablement passée inaperçue si un auditeur radio vigilant n'avait pas observé les travaux de construction et alerté l'office cantonal de l'environnement. L'enquête ultérieure a abouti à une conclusion plutôt embarrassante pour les autorités : de nouveaux émetteurs avaient bien été installés sans que personne ne se soucie de soumettre les documents requis. Face à cette violation du protocole, Swisscom a déployé l'excuse la plus fiable du manuel d'entreprise, déclarant officiellement l'omission une erreur humaine. L'entreprise a assuré au public que de tels dérapages sont incroyablement rares et a promis une rectification rapide.
Ce qui rend cette affaire vraiment remarquable, c'est la réaction de l'administration fribourgeoise. Au lieu de pénaliser le fournisseur de télécommunications, l'office de l'environnement a simplement toléré rétroactivement la construction illégale. Leur justification repose sur le principe que l'antenne est actuellement conforme aux limites légales de rayonnement. Le mécanisme de vérification de ces limites révèle cependant un degré touchant de naïveté administrative. Le canton vérifie la conformité une ou deux fois par an, en se fiant entièrement aux données volontairement fournies par les opérateurs de réseau eux-mêmes. C'est un système bâti sur une confiance profonde, illustrant parfaitement une marque suisse de complaisance modeste et institutionnalisée.
Sans surprise, tout le monde n'adhère pas au récit du technicien maladroit. Le conseiller national du Parti Vert, Raphaël Mahaim, ne considère pas l'incident fribourgeois comme une erreur isolée, mais comme faisant partie d'une stratégie systématique visant à tester les limites réglementaires. L'histoire étaye en partie son scepticisme. En 2022, des habitants du canton de Neuchâtel ont surpris Swisscom en train d'installer une antenne 5G alors qu'une opposition légale était encore activement en cours. À l'époque, l'entreprise avait également plaidé l'incompétence administrative, bien que les autorités locales les aient finalement forcés à démanteler le site.
Le calendrier de cette dernière omission est particulièrement sensible. Les législateurs fédéraux à Berne consultent actuellement sur une révision du cadre juridique régissant l'infrastructure du réseau mobile, dans le but d'assouplir les réglementations existantes. Les partisans plaident pour des délais de déploiement plus rapides, tandis que les critiques craignent une nouvelle érosion des droits d'opposition des citoyens. Si une grande entreprise traite déjà le processus actuel de permis de construire, supposément rigoureux, comme une suggestion administrative facultative, on peut se demander comment elle interprétera un régime réglementaire assoupli. Pour l'instant, la stratégie d'agir d'abord et de s'excuser ensuite semble produire d'excellents rendements.
Écrit par Thomas Nussbaumer thomas.nussbaumer@alpineweekly.com
Dernières nouvelles





