L'UE confrontée à un risque croissant de matières premières pour la transition énergétique verte, avertissent les auditeurs

La forte dépendance à l'égard de fournisseurs étrangers pour les minéraux clés expose l'Europe alors qu'elle intensifie les énergies renouvelables, selon un nouveau rapport de l'organisme de surveillance.

Aerial view of a vast solar panel farm stretching across a green, rural landscape.

L'effort de l'Europe pour développer les énergies renouvelables pourrait se heurter à de sérieuses contraintes d'approvisionnement si elle n'améliore pas la manière dont elle sécurise et suit les matières premières critiques, selon un nouveau rapport de la Cour des comptes européenne (CCE). L'organisme de surveillance avertit que l'UE reste fortement dépendante de fournisseurs étrangers pour les minéraux nécessaires à la production de batteries, de panneaux solaires et d'autres technologies essentielles à sa transition verte.

Les auditeurs affirment que le bloc dépend actuellement de pays non membres de l'UE pour une grande partie des matériaux considérés comme essentiels non seulement pour les énergies renouvelables, mais aussi pour les technologies numériques, la défense et l'aérospatiale. Sur les 26 matières premières classées comme critiques, l'UE dépend de fournisseurs externes pour au moins 10 d'entre elles, directement liées aux technologies d'énergie propre.

Certaines dépendances sont particulièrement concentrées. Selon le rapport, la quasi-totalité du magnésium de l'UE – un intrant clé pour les équipements utilisés pour produire de l'hydrogène – provient de Chine, tandis que la Turquie fournit presque tout le bore utilisé dans les panneaux solaires. Les auditeurs décrivent ce niveau de concentration comme une faiblesse stratégique, surtout à un moment où les tensions géopolitiques façonnent de plus en plus le commerce mondial.

La CCE avertit qu'une telle dépendance pourrait exposer l'Europe si les pays fournisseurs restreignent les exportations ou utilisent l'accès aux matériaux comme un outil politique. Les récentes mesures prises par la Chine pour renforcer les contrôles sur les exportations de terres rares sont citées comme un exemple de la rapidité avec laquelle les chaînes d'approvisionnement peuvent devenir vulnérables.

Ces conclusions interviennent alors que la Commission européenne cherche à diversifier les relations commerciales et à réduire les dépendances stratégiques, d'autant plus que les relations avec la Chine et les États-Unis deviennent plus complexes. Bruxelles a déjà proposé des mesures pour renforcer la résilience du bloc, notamment un plan de plusieurs milliards d'euros visant à constituer des réserves minérales, à encourager le recyclage et à coordonner les investissements entre les États membres.

Cependant, les auditeurs concluent que les progrès réalisés jusqu'à présent ont été limités. Les politiques introduites ces dernières années – allant des dispositions des accords commerciaux aux nouvelles règles sur l'utilisation des matériaux – n'ont pas réduit de manière significative l'exposition de l'Europe. Les objectifs fixés par une loi sur les matières premières entrée en vigueur en 2024 s'avèrent difficiles à atteindre, indique le rapport.

Un obstacle majeur est le recyclage. De nombreux minéraux utilisés dans les systèmes d'énergie renouvelable ne sont soit pas du tout recyclés, soit récupérés en très petites quantités seulement. En même temps, les coûts élevés de l'énergie pèsent sur les installations de traitement, les efforts d'exploration restent sous-développés et les nouveaux projets miniers prennent souvent des décennies pour devenir opérationnels.

La CCE avertit que sans des progrès plus rapides en matière d'extraction, de traitement et de recyclage, l'Europe risque d'entrer dans un cycle de dépendance auto-renforcé – un cycle qui pourrait ralentir le déploiement des énergies renouvelables et saper l'ambition de l'UE d'agir comme un acteur géopolitique indépendant.

Le rapport présente le défi comme structurel plutôt qu'à court terme, suggérant que la sécurisation des matières premières pourrait devenir l'un des tests déterminants de la transition verte de l'Europe dans les années à venir.