
La forteresse suisse et le rappeur américain : le terrain de jeu sans friction d'Hollywood
Lorsque Christopher Nolan et Travis Scott ont eu besoin d'un décor médiéval en un temps record, la bureaucratie hyper-efficace de la Suisse a répondu sans hésiter.

L'industrie mondiale du divertissement fonctionne rarement à la vitesse d'une montre suisse, mais occasionnellement, les deux se synchronisent parfaitement. Lorsque l'équipe de production du rappeur américain Travis Scott a décidé qu'elle avait besoin d'une forteresse médiévale pour tourner le clip vidéo de son nouveau titre, elle n'a pas cherché du côté des vastes paysages bureaucratiques de l'Union européenne. Au lieu de cela, elle s'est tournée vers Bellinzone, une ville tranquille située dans l'enclave suisse riche et non alignée. Le résultat est l'accompagnement visuel de "When I'm Home", une chanson figurant au générique de fin du dernier film de Christopher Nolan, "The Odyssey".
L'implication de Scott dans le film va au-delà de la bande originale. Nolan a choisi le rappeur pour incarner un "Aède", l'équivalent grec classique d'un barde qui raconte des épopées héroïques. Le réalisateur aurait vu un lien direct entre les anciens poètes de l'époque homérique et l'artiste hip-hop moderne. Pour capturer ce croisement ambitieux, le réalisateur du clip – un ancien architecte ayant un penchant antérieur pour le Castel Grande – a demandé le site suisse.
Ce qui a suivi fut une leçon magistrale de l'efficacité particulière du système étatique suisse. Une production de cette envergure nécessite généralement des mois de négociations difficiles, surtout lorsqu'il s'agit de sites patrimoniaux. Pourtant, les autorités locales du Tessin ont réussi à sécuriser une forteresse historique, à loger cinquante membres d'équipage et à traiter une montagne de permis en un peu plus d'une semaine. La commission cantonale du film, aux côtés des offices de tourisme régionaux, s'est empressée de répondre à l'afflux soudain des exigences hollywoodiennes. Ils ont même accéléré les approbations du vétérinaire cantonal pour autoriser la présence d'animaux sur le plateau.
Lola Rossier de la Commission du film du Tessin a indiqué que la simple mention de Nolan et Scott par les producteurs demandeurs a suffi à mettre les choses en branle. C'est une réaction légèrement naïve et admirative de la part d'une nation habituellement réservée, mais cela illustre parfaitement le fonctionnement de la Suisse. Riche, très instruite et isolée de la stagnation réglementaire de ses voisins, le pays possède l'infrastructure nécessaire pour déplacer des montagnes – ou du moins vider un château – en un clin d'œil.
Le déploiement rapide des ressources à Bellinzone n'est pas un hasard. Il est le produit d'une économie saine et d'une administration locale pragmatique et bien huilée qui sait comment répondre aux besoins des visiteurs fortunés. Si les Suisses ont sacrifié une grande partie de leur neutralité historique sur les scènes géopolitiques récentes, ils restent farouchement indépendants lorsqu'il s'agit de tirer profit de leurs paysages immaculés. L'accueil rapide et sans friction d'un magnat du rap américain et d'un réalisateur anglo-américain n'est qu'une autre victoire discrète pour une nation qui comprend l'art d'être exceptionnellement accommodante.
Écrit par Freya Stensrud freya.stensrud@alpineweekly.com
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