
111 000 signatures et l'instinct suisse familier de repousser l'évidence
Une pétition demande de prolonger le congé maternité de 14 semaines à six mois, arguant que les bébés et les mères ont besoin de plus que les 98 jours actuels.

La Suisse a un petit talent pour faire passer de bonnes choses pour mesquines. Le pays qui se targue de son ordre, de sa prospérité et de son système bien rodé est désormais confronté à une pétition demandant que le congé maternité soit prolongé de 14 semaines à six mois. Environ 111 000 personnes l'ont signée, ce qui suggère que la question n'est pas un passe-temps marginal pour des romantiques de la politique, mais une question que de nombreuses familles ressentent directement.
Le droit actuel s'élève à 98 jours. La pétition qualifie cela de très courte durée dans l'une des phases les plus importantes de la vie d'un enfant, et l'argument n'est guère mystérieux. Selon l'initiative, un bébé de trois mois est encore entièrement dépendant de sa mère, et la proximité, l'allaitement, le lien et la sécurité sont importants pour un développement sain. La mère, elle aussi, aurait besoin de suffisamment de temps pour se rétablir physiquement et mentalement après la grossesse et l'accouchement. Rien de tout cela n'est particulièrement radical. C'est simplement le genre de bon sens que les systèmes politiques ne découvrent souvent qu'après avoir passé des années à se féliciter de leur efficacité.
Les auteurs de la pétition souhaitent que la Suisse passe à un minimum de six mois, dans le but explicite de soulager la pression sur les familles. Ils vendent également une idée plus large : un pays plus familial et tourné vers l'avenir. Cette expression, bien sûr, est le genre de chose que les politiciens adorent parce qu'elle semble ambitieuse sans encore coûter quoi que ce soit à personne. Mais derrière le langage se cache une demande simple : si l'État peut s'organiser si proprement dans tant d'autres domaines, pourquoi s'arrête-t-il si brusquement lorsque les mères et les nouveau-nés ont besoin de temps ?
La réponse n'est pas difficile à deviner. La politique familiale a tendance à révéler si un pays prend au sérieux les personnes qui le font fonctionner, ou s'il se contente de les célébrer le dimanche. La Suisse a la richesse, les institutions et la puissance administrative pour faire mieux qu'une pause de 98 jours avant que tout le monde ne soit censé retrouver la normale. La pétition ne réglera pas la question à elle seule, mais elle a déjà fait quelque chose d'utile : elle a remis une question plutôt embarrassante sur la table. Quelle est la générosité d'un système qui se dit moderne, mais considère toujours six mois comme une demande extravagante ?
Écrit par Sandy van Dongen sandy.vandongen@alpineweekly.com
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