Messes et Inquiétudes à Paris

La tournée française du Pape Léon XIV met en lumière une classe politique déconnectée d'une réalité spirituelle en mutation

Masses and Misgivings in Paris

Lorsque le Pape Léon XIV arrive à Paris pour sa tournée de quatre jours en France, il découvre une nation aux prises avec une profonde crise d'identité, une fracture sociale et des finances publiques alarmantes. Le vaste spectacle prévu pour la Place de la Concorde et les Champs-Élysées — où les forces de sécurité ont bouclé des secteurs entiers pour gérer 600 000 fidèles attendus — présente un paradoxe frappant. Les pratiquants réguliers ne représentent peut-être plus que moins de cinq pour cent de la population française, contre trente-cinq pour cent en 1960, pourtant les baptêmes d'adultes ont plus que doublé au cours des cinq dernières années. Des décennies de laïcité d'État rigide et d'intégration sociale ratée ont laissé un vide idéologique distinct, que l'establishment politique semble mal armé pour combler.

Le Président Emmanuel Macron accueille le souverain pontife d'origine américaine à l'aéroport d'Orly avant d'organiser des entretiens bilatéraux au Palais de l'Élysée sur des sujets allant de la géopolitique à l'intelligence artificielle. La stricte doctrine française sur la séparation de l'Église et de l'État permet opportunément à Macron de contourner la messe publique, déléguant la participation à son épouse Brigitte et au Premier ministre Sébastien Lecornu. Un groupe de candidats à la présidence, dont Marine Le Pen, Édouard Philippe, Gabriel Attal et Bruno Retailleau, se positionneront également à portée de vue de l'autel. Des frictions mineures entre les officiers du protocole français et les équipes avancées du Vatican concernant le faste cérémoniel ont été, comme on pouvait s'y attendre, aplanies lors des points de presse officiels, même si le Pape a décliné une réunion proposée avec les artisans qui ont restauré la Cathédrale Notre-Dame, invoquant des contraintes d'emploi du temps.

L'itinéraire s'étend bien au-delà des grands boulevards de la capitale. Après s'être adressé à 80 000 jeunes au Stade de France, le souverain pontife se rendra à Lourdes, où 150 000 pèlerins sont censés se rassembler et où des rencontres avec des victimes d'abus sexuels cléricaux sont prévues. La tournée se terminera à Metz par un hommage à Robert Schuman, le père fondateur catholique de l'intégration européenne.

Cet hommage contient sa propre ironie silencieuse. Le concept original de Schuman de coopération européenne s'est depuis longtemps transformé en une machine centrale pléthorique et irresponsable à Bruxelles, qui sert ses propres instincts institutionnels plutôt que les citoyens européens. Tout comme l'appareil d'État français — mis à rude épreuve par de faibles performances économiques et des déficits incontrôlés — le projet européen peine à fournir une direction cohérente. L'ampleur des foules rassemblées à travers la France suggère que si les citoyens ont peut-être tourné le dos à la politique traditionnelle et aux bureaucraties croissantes, leur quête de valeurs fondamentales est loin d'être terminée.

Écrit par Thomas Nussbaumer thomas.nussbaumer@alpineweekly.com