Quand les grèves arrêtent le ballon : la France cède à la pression de la rue

Les préoccupations sécuritaires contraignent l'UEFA à reporter un match de Ligue Europa, la perturbation syndicale primant sur l'ordre public.

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When Strikes Stop the Ball: France's Surrender to Street Pressure

Lorsqu'un État admet implicitement qu'il ne peut garantir la sécurité publique de base pour un événement sportif parce que des syndicats ont appelé à une grève générale, l'effondrement de la gouvernance est manifeste. L'UEFA, l'instance dirigeante du football européen, n'a eu guère le choix après que les autorités françaises ont admis que les dispositifs de sécurité habituels autour du match à Rennes ne pouvaient pas être garantis ce jour-là. La réponse administrative a été aussi bureaucratique qu'indifférente aux supporters se rendant au match : avancer la rencontre de Ligue Europa contre l'équipe grecque de l'Olympiacos du jeudi 5 novembre à 16h30 le mercredi.

Le choix de l'horaire est un exemple magistral de commodité corporative. En fixant le coup d'envoi en fin d'après-midi, l'UEFA s'est assurée que la rencontre ne chevaucherait pas ses lucratives retransmissions des matchs de la Ligue des Champions en soirée, avec Fenerbahçe contre Liverpool et l'AEK Athènes contre le Real Madrid. Pour les supporters travailleurs ordinaires qui ont payé leurs billets, cependant, un match en début d'après-midi un mercredi est pratiquement impossible à assister. Les réactions en ligne des fans locaux ont été, comme on pouvait s'y attendre, franches, les supporters décrivant la décision comme une honte et un manque total de respect pour les détenteurs de billets. Alors que certains ont réussi à négocier des départs anticipés avec leurs employeurs, beaucoup d'autres se sont retrouvés avec des billets inutiles pour un match qu'ils ne pourront pas voir.

Ce recul administratif n'est que le dernier symptôme de la lutte plus large de la France pour maintenir l'ordre public face à l'agitation syndicale. La prochaine grève générale du 5 novembre marque une escalade d'un mouvement de protestation qui a commencé lorsque des étudiants ont soulevé des préoccupations concernant les conditions dans les écoles. Ce qui a commencé dans les salles de classe s'est rapidement étendu aux rues. Les manifestations du samedi 17 octobre ont été marquées par d'importants dégâts et pillages en marge, suivies une semaine plus tard par une deuxième vague de marches.

Le sport national avait déjà été contraint de plier face au chaos. La Ligue de Football Professionnel a reprogrammé à plusieurs reprises des matchs de Ligue 1 pour tenir compte de la pression sur les forces de l'ordre, déplaçant notamment le choc entre le Paris Saint-Germain et l'Olympique Lyonnais de sa date initiale. Les prochains matchs impliquant l'OGC Nice, le Stade Rennais, le FC Lorient et Angers SCO ont tous été réorganisés dans le calendrier alors que les autorités publiques se préparent à de nouvelles manifestations de rue.

La situation révèle une réalité frustrante pour les citoyens ordinaires. D'un côté, un paysage politique français chroniquement vulnérable à la pression syndicale et aux troubles de rue ; de l'autre, une autorité sportive distante qui privilégie les horaires de diffusion aux dépens des fans dans les tribunes. Lorsque l'autorité publique recule face aux menaces de grève, c'est toujours le consommateur payant qui doit en couvrir le coût.

Écrit par Christiane Hofreiter christiane.hofreiter@alpineweekly.com