
Invisible : Le football féminin aveugle mexicain défie l'État
Sans financement public ni infrastructures adéquates, le Chilangas FC se rend à la Copa America grâce à une pure détermination privée.

Le Mexique est une nation où le football frise la religion d'État. Les sondages suggèrent que six citoyens sur dix se considèrent comme des fans, préférant majoritairement le terrain à toute autre arène sportive. Pourtant, sous cette obsession nationale se cache une disparité flagrante quant à savoir qui a réellement la chance de jouer. En septembre, le Chilangas FC, l'un des premiers clubs de football féminin aveugle du Mexique, se rendra au Brésil pour la Copa America. Leur parcours repose entièrement sur une détermination privée plutôt que sur un soutien institutionnel.
Le sport lui-même trouve ses origines dans les années 1920 en Espagne, apparaissant initialement dans les écoles pour enfants malvoyants. Pourtant, si le football masculin a été formellement intégré par la Fédération Internationale des Sports pour Aveugles en 1996, la variante féminine reste exclue des Jeux Paralympiques. Cette négligence institutionnelle restreint sévèrement l'accès de la discipline au capital et au développement mondiaux.
Pressentant un vide sur le marché sportif, l'entraîneure Wendy del Rio a créé le Chilangas FC en 2020. Après sept ans au sein d'un programme de football masculin aveugle à Mexico, elle rencontrait régulièrement des athlètes féminines demandant un espace comparable. Le lancement, retardé jusqu'en 2023, a mis en évidence un grave manque d'infrastructures locales. Aujourd'hui, le Mexique ne compte que six équipes de football féminin aveugle. Le Chilangas FC fonctionne sans terrain dédié, sans personnel rémunéré ni financement public, s'appuyant entièrement sur la volonté de ses participantes.
La mécanique du football aveugle exige des conditions très spécifiques. Les matchs nécessitent un espace clos avec des murs qui permettent au ballon qui tinte de ricocher, créant des repères auditifs essentiels pour les joueuses. Le public doit rester complètement silencieux, tandis que la seule participante voyante, la gardienne de but, guide verbalement l'équipe aux côtés des joueuses qui crient leurs propres coordonnées. Pendant des mois, del Rio a été en négociations avec le Secrétariat aux femmes de Mexico, une entité bureaucratique créée en 2019, simplement pour obtenir un terrain approprié.
Pour les athlètes, le terrain offre un environnement rare d'autonomie. Pau Hernandez, qui a perdu la vue à cause de la rétinite pigmentaire, a rejoint l'équipe après avoir jugé le goalball, sport d'intérieur basé sur les mains, insuffisant pour son esprit de compétition. Encouragée par Efrain Mora Garcia, président de la Fédération mexicaine des sports pour aveugles et malvoyants, elle s'est rapidement adaptée aux exigences rigoureuses. Aux côtés de sa coéquipière de vingt ans, Alexandra Ramirez, Hernandez navigue à la fois les complexités tactiques du jeu et les dangers physiques de Mexico, où les trottoirs cassés et les systèmes de transport en commun bondés présentent des obstacles quotidiens pour ceux qui utilisent des cannes blanches.
Les barrières sociétales sont tout aussi redoutables. Les familles découragent souvent les femmes des sports de contact par crainte de blessures, tandis que les attentes domestiques traditionnelles persistent. Pourtant, des athlètes comme Hernandez continuent de démanteler ces présomptions par pure compétence athlétique. Lorsque le Chilangas FC concourra au Brésil, ce ne sera pas en tant que bénéficiaires de la générosité de l'État, mais en tant que compétitrices indépendantes qui ont créé leur propre espace dans un système conçu pour les ignorer.
Écrit par Sandy van Dongen sandy.vandongen@alpineweekly.com
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