
Une fracture à Lausanne : Coe se prépare à défendre l'interdiction des athlètes devant le tribunal
World Athletics rompt les rangs avec l'establishment olympique alors que la bataille sur la participation russe se dirige vers le Tribunal Arbitral du Sport.

La gouvernance du sport international se fracture le long des lignes de faille géopolitiques. Au centre du litige se trouve World Athletics, qui se retrouve de plus en plus isolée dans sa position intransigeante contre les concurrents russes et biélorusses. Suite à la décision de l'instance dirigeante en juillet de maintenir une interdiction initialement imposée en mars 2022, la fédération russe d'athlétisme a lancé une contestation formelle devant le Tribunal Arbitral du Sport. Les responsables russes décrivent les restrictions actuelles comme sélectives et politisées, arguant que les sanctions empêchent illégalement l'organisation de représenter ses athlètes sur la scène mondiale.
Sebastian Coe, le double médaillé d'or olympique qui préside World Athletics, refuse de céder. S'exprimant en marge des Championnats d'Europe d'athlétisme à Birmingham, il a confirmé son intention de défendre personnellement la position de la fédération devant le tribunal. Coe insiste sur le fait que l'interdiction n'est pas une question de passeports ou de politique, mais plutôt une mesure nécessaire pour protéger l'intégrité de la compétition athlétique. Il s'appuie fortement sur le précédent juridique selon lequel les fédérations internationales possèdent le droit fondamental de déterminer leurs propres critères d'éligibilité – un principe qui, selon lui, a déjà été confirmé par le tribunal du sport.
Cette approche intransigeante contraste fortement avec le changement de cap à Lausanne. Le Comité International Olympique a déjà ouvert la porte aux athlètes russes pour participer aux épreuves par équipe et aux qualifications pour les Jeux Olympiques de Los Angeles 2028. Selon la présidente du CIO, Kirsty Coventry, le comité entend veiller à ce que les athlètes ne soient pas tenus responsables des actions de leurs gouvernements respectifs. D'autres grandes instances dirigeantes, dont World Gymnastics et l'Union Internationale de Patinage, ont également assoupli leurs restrictions, laissant World Athletics comme un cas isolé notable.
La divergence de politique a provoqué de vives réactions. Les autorités de Kyiv ont condamné l'indulgence du CIO comme prématurée et infondée, soulignant le fait que le conflit militaire en est maintenant à sa cinquième année. World Athletics a activement soutenu les athlètes ukrainiens grâce à un fonds dédié créé en 2022, déclarant explicitement que leur capacité à s'entraîner et à concourir reste gravement compromise. Pourtant, l'affirmation de Coe selon laquelle la position de sa fédération est strictement apolitique est quelque peu compliquée par ses propres remarques passées. Suite à une visite en Ukraine l'année dernière, il a concédé à une agence de presse que le conflit n'était pas quelque chose qu'il pourrait jamais considérer de manière neutre. Il a cependant indiqué qu'un accord de paix formel ouvrirait la voie au retour des athlètes russes.
La bataille juridique imminente devant le Tribunal Arbitral du Sport mettra à l'épreuve l'autonomie des fédérations sportives individuelles face aux mandats plus larges du mouvement olympique. Si World Athletics l'emporte, cela cimentera le droit des instances dirigeantes individuelles de maintenir des sanctions géopolitiques indépendamment des directives du CIO. En cas d'échec, le précédent pourrait forcer une réintégration généralisée et uniforme des compétiteurs russes dans tous les sports internationaux, privant les fédérations de leur dernier mot sur l'éligibilité.
Écrit par Martina Kirchner martina.kirchner@alpineweekly.com
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