
Quand les canons à eau échouent : Vaud importe l'art de la conversation de Zurich
Après un bilan désastreux en matière de contrôle des émeutes, la police lausannoise apprend qu'une explication polie pourrait être plus efficace que le gaz lacrymogène.

La confiance envers les autorités locales de Lausanne s'était gravement érodée suite à une série d'affrontements violents au cours de l'année précédente. Lors des manifestations de jeunes déclenchées par la mort de deux adolescents lors d'opérations policières, la police vaudoise s'est appuyée sur un manuel d'intervention plutôt brutal. Un avertissement sommaire au mégaphone était rapidement suivi du déploiement de canons à eau et de gaz lacrymogène. C'était une approche qui brisait l'illusion d'un État perpétuellement amical et modeste, la remplaçant par des scènes de guerre urbaine qui semblaient nettement peu suisses.
Face à ce bilan désastreux, la police cantonale vaudoise a vu sa réputation de calme s'effriter à l'approche d'un week-end potentiellement explosif. Une grève féministe était prévue un samedi, suivie immédiatement du début du sommet du G7 juste de l'autre côté du lac à Évian-les-Bains un lundi. La crainte que des manifestants anti-mondialisation ne détournent la manifestation locale et ne tournent leur colère contre les forces de l'ordre a révélé une nervosité sous-jacente dans le système suisse habituellement placide.
Réalisant que leurs tactiques musclées étaient contre-productives, la police vaudoise s'est tournée vers l'est pour trouver une solution. Elle a importé une stratégie de la police municipale de Zurich, une force qui a cultivé une équipe de dialogue dédiée. La prémisse est étonnamment simple : parler au public avant de déployer l'équipement anti-émeute. Lors de la récente grève des femmes à Lausanne, des officiers zurichois ont été déployés aux côtés de leurs collègues francophones pour tester ce concept de communication humaine de base.
Domenico Ceroli, chef adjoint de l'équipe de dialogue de Zurich, a observé que les manifestants étaient initialement perplexes face à la présence d'officiers germanophones dans les rues de Lausanne. Une fois que la foule a réalisé que ces officiers ne faisaient pas partie des forces vaudoises locales, la curiosité a pris le dessus. La stratégie zurichoise repose sur la transparence. Les officiers répondent aux questions et expliquent la raison d'être des cordons de police, tentant ainsi de désamorcer la tension d'une foule par une clarté administrative.
Yvan Bovard, un lieutenant de police vaudois qui a observé l'équipe zurichoise pendant la grève, considère cette tactique comme un outil de désescalade vital. En informant directement les manifestants des actions spécifiques qui déclencheront une réponse policière répressive, les autorités espèrent établir des limites sans violence immédiate. Pour Bovard et ses collègues, cette approche conversationnelle est entièrement nouvelle, mais la coopération intercantonale s'est avérée très efficace. La fracture linguistique entre les francophones et les germanophones a été facilement comblée par un désir commun d'éviter une émeute.
Les résultats de cette expérience sociale ont été remarquablement pacifiques. La manifestation lausannoise s'est déroulée sans incident, suscitant une vague de retours positifs de la part du public. Le programme d'échange fonctionnera désormais en sens inverse. En août, des officiers vaudois doivent se rendre à Zurich pour observer le contrôle des foules lors de la Street Parade, un événement qui attire traditionnellement un large contingent de la Romandie francophone.
Il est très probable que d'autres forces de police en Suisse romande chercheront bientôt des partenariats similaires avec leurs homologues germanophones. Dans une nation prospère qui préfère éviter les conflits chaque fois que possible, la prise de conscience qu'une conversation est moins chère et moins chaotique qu'un canon à eau semble faire son chemin.
Écrit par Thomas Nussbaumer
Dernières nouvelles





