
La découverte du Hofuku Maru : une tombe de guerre retrouvée quatre-vingts ans après
Des décennies après qu'une torpille américaine ait coulé un cargo japonais rempli de prisonniers alliés, des chercheurs ont localisé l'épave au large des côtes de Luzon.

La guerre a un sens de l'ironie sinistre, surtout lorsque le salut arrive sous la forme d'une torpille de vos propres alliés. Le 21 septembre 1944, des avions de la Task Force 38 de l'US Navy ont repéré un convoi japonais au large de la côte ouest de Luzon. Considérant le cargo non marqué Hofuku Maru comme une cible militaire standard, les pilotes de l'USS Bunker Hill ont largué leurs charges. Ils ne pouvaient pas savoir que les cales sombres et non ventilées du navire étaient remplies de 1 289 prisonniers de guerre britanniques et néerlandais. Ces hommes avaient déjà survécu au travail forcé brutal du chemin de fer Birmanie-Thaïlande, pour être ensuite chargés sur l'un des tristement célèbres « hellships » de l'Empire japonais. Le navire s'est disloqué et a disparu en moins de trois minutes, emportant 1 047 de ces prisonniers au fond de la mer des Philippines.
Pendant huit décennies, le lieu de repos du Hofuku Maru est resté un mystère, fait de coordonnées approximatives et de récits de survivants contradictoires. La percée n'est pas venue d'une vaste étude océanique, mais d'une archive numérique discrète en 2025. John Duresky, effectuant des recherches pour la Hellships Memorial Foundation, a déterré un document militaire japonais auparavant ignoré, rédigé par des officiers à bord du navire amiral du convoi. En recoupant cette chronologie et cette carte avec les rapports d'action américains, la fondation a réalisé que les historiens avaient fouillé une zone située à plus de 50 kilomètres trop au nord.
Munie des coordonnées exactes, une équipe d'expédition composée de Josh Gates, Evan Kovacs et Calvin Mires a déployé un sonar au large de la côte de la province de Zambales. Cinquante mètres sous la surface, ils ont trouvé les restes brisés du cargo. Cinq plongées techniques ont confirmé que les plans de la coque et des mâts correspondaient aux plans originaux du chantier naval, bien qu'ils soient lourdement recouverts par les cendres de l'éruption du mont Pinatubo en 1991. Des restes humains étaient visibles parmi les débris, classant instantanément le site comme une tombe de guerre protégée. Pour éviter le pillage, l'emplacement exact reste un secret bien gardé.
La découverte apporte une certaine finalité aux familles des défunts, bien qu'elle souligne l'ampleur de la tragédie des « hellships ». Le Japon a converti plus de 130 cargos pour transporter des captifs à travers l'Asie du Sud-Est, entraînant la mort d'environ 20 000 prisonniers alliés. Cinq de ces épaves restent entièrement introuvables, laissant des milliers de familles toujours en attente de réponses.
En réponse à cette découverte, le gouvernement néerlandais a annoncé qu'il allait former un groupe de travail avec d'autres nations pour explorer les moyens d'honorer les victimes — une approche typiquement bureaucratique face à une tragédie historique viscérale. Pendant ce temps, la Hellships Memorial Foundation prend des mesures plus pratiques en localisant activement les proches de ceux qui ont péri. L'identification du Hofuku Maru ne clôt pas le chapitre des horreurs de la guerre du Pacifique, mais elle accorde enfin un lieu de repos connu à un millier d'hommes qui ont été engloutis par la mer il y a quatre-vingts ans.
Écrit par Andreas Hofer andreas.hofer@alpineweekly.com




