
Les forces de l'ordre européennes évaluent les tactiques et les origines des manifestants du Black Bloc
Des rapports de sécurité estiment que des milliers d'activistes déploient des tenues anonymes et des tactiques mobiles lors des manifestations publiques à travers l'Europe.
Par Thorben Thiede

Les services de police et de renseignement à travers l'Europe estiment qu'entre 5 000 et 7 000 activistes opèrent au sein du réseau informel connu sous le nom de Black Bloc. Ce phénomène tactique, caractérisé par des manifestants vêtus entièrement de noir et masqués, continue de jouer un rôle prépondérant dans les troubles civils en France, en Italie et en Allemagne.
Selon le professeur de sciences politiques Francis Dupuis-Deri de l'Université du Québec à Montréal, la tactique est née dans les années 1980 au sein du mouvement social ouest-allemand connu sous le nom d'autonomia. Dupuis-Deri a déclaré que les premiers participants opéraient dans une perspective anarchiste, s'opposant à l'autorité de l'État, au capitalisme, aux partis politiques organisés et aux syndicats. La tenue uniforme de vestes en cuir, de sweats à capuche, de casques et de bandanas a été adoptée principalement pour empêcher l'identification par les forces de l'ordre lors des confrontations violentes.
Les rapports des forces de l'ordre européennes décrivent des méthodes tactiques spécifiques utilisées par ces groupes lors des manifestations publiques. Un document de formation de la police du gouvernement italien de 2023 a décrit l'approche du mouvement comme une tactique anarcho-insurrectionnelle visant à infiltrer les rassemblements pacifiques. Selon le rapport, de petites équipes effectuent des reconnaissances avancées des zones urbaines ciblées, divisent les opérations en secteurs désignés et exécutent des actes de diversion délibérés pour éloigner les forces de sécurité des cibles destructrices principales.
Les gouvernements de plusieurs nations ont souligné l'impact de ces groupes sur la sécurité publique. S'exprimant au parlement, le ministre français de l'Intérieur Laurent Nunez a déclaré qu'« aujourd'hui, à chaque manifestation sociale d'une ampleur significative, nous trouvons des Black Blocs qui viennent casser des choses et s'en prendre aux forces de sécurité intérieure. » En Italie, de récentes manifestations à Rome, Milan et Turin ont entraîné des affrontements avec la police, des dégradations et des incendies criminels, bien que le député européen italien Mario Furore ait noté que les incidents récents à Milan impliquaient de très jeunes individus et un comportement d'imitation plutôt que des réseaux établis.
Un responsable associé à un député européen français de gauche a refusé de commenter officiellement la présence du groupe lors des récents rassemblements, déclarant anonymement que des actes de violence isolés étaient utilisés par le gouvernement pour criminaliser des mouvements politiques légitimes. Les historiens du mouvement soulignent des confrontations antérieures majeures impliquant les tactiques du Black Bloc, notamment la réunion de l'Organisation Mondiale du Commerce à Seattle en 1999 et les manifestations contre la loi travail en France en 2016, toutes deux ayant entraîné de nombreuses arrestations et des blessures pour le personnel des forces de l'ordre et les manifestants.
Écrit par Thorben Thiede thorben.thiede@alpineweekly.com
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