Les maisons de retraite sont confrontées à une question que la Suisse aurait dû se poser plus tôt

Les conseils de résidents pourraient donner une voix aux personnes âgées et à leurs familles, mais les chercheurs mettent en garde contre l'idée qu'un seul modèle conviendrait à tous.

Care homes are being asked a question Switzerland should have asked earlier

La pandémie a mis en lumière une fiction confortable : que la protection et la participation sont faciles à équilibrer lorsque les personnes concernées sont âgées, fragiles et largement hors de vue. Dans les maisons de retraite, les visites ont été interdites et les activités de groupe ont presque disparu. Le résultat fut un isolement au coût humain qu'aucune note de service n'a pu tout à fait dissimuler, même si beaucoup ont essayé.

Aujourd'hui, l'Office fédéral de la santé publique, l'OFSP, examine si les conseils de résidents devraient faire partie de la solution. Anne Levy, la directrice de l'office, a proposé en mai dernier que les résidents et leurs proches puissent se réunir et aider à décider comment un établissement réagit si une autre pandémie survient. L'idée est suffisamment simple pour paraître presque évidente. Sa faisabilité est une autre question, et la bureaucratie n'a jamais été réputée pour son talent en matière de praticité.

Le point clé est que l'OFSP n'impose pas de dispositif national. Les maisons de retraite et les centres pour personnes âgées décideraient elles-mêmes d'introduire ou non de tels conseils, et certains le font déjà. Levy a également reconnu la complication évidente : les résidents ne souhaitent pas tous le même niveau de sécurité, et la forme exacte de participation reste ouverte. En d'autres termes, l'État souhaiterait une plus grande implication, mais pas une clarté suffisante pour être blâmé pour les détails.

Les chercheurs, quant à eux, s'intéressent moins aux slogans qu'à la manière dont les décisions sont réellement prises au sein des unités. Une équipe de l'Université de Bâle et de la Haute école spécialisée de la Suisse du Nord-Ouest étudie comment les souhaits, les critiques et les besoins quotidiens peuvent être intégrés plus directement dans la vie des maisons de retraite. Sandra Staudacher, impliquée dans ce travail, affirme que les conseils de résidents peuvent être une opportunité, surtout pour les personnes encore en forme, capables de s'exprimer et habituées à parler en public.

Mais elle met également en garde contre la transformation des conseils en remède universel. De nombreux résidents ont du mal à exprimer leurs propres besoins, soit parce qu'ils se retiennent, soit parce que des problèmes cognitifs les en empêchent. Cela confère un rôle central au personnel. Il doit avoir la sensibilité de percevoir ce que les résidents ne peuvent pas facilement dire, et disposer de suffisamment de temps dans la journée pour agir en conséquence.

La recherche pointe vers quelque chose de moins glamour que les comités de consultation et de plus utile : le temps. Si le personnel prend le temps nécessaire dès le début, dit Staudacher, il peut aider à empêcher les résidents de devenir agressifs plus tard, surtout en cas de démence. Elle soutient également que cette approche permet d'économiser du temps à long terme et rend les employés plus satisfaits de leur travail. Un cas rare, donc, où de bons soins et de meilleures conditions de travail ne sont pas ennemis.

Les conseils de résidents peuvent donc faire partie de la solution, mais seulement en partie. Le véritable enjeu est de savoir si les établissements peuvent intégrer les besoins des résidents dans leur vie quotidienne, et pas seulement lors de la prochaine urgence. La Suisse a l'habitude de découvrir après coup que des systèmes ordonnés dépendent toujours de personnes autorisées à écouter. Cette leçon, du moins, ne devrait pas nécessiter une autre pandémie pour être comprise.

Écrit par Thorben Thiede thorben.thiede@alpineweekly.com