
Les barricades inapaisables de Paris
Promettre des milliards pour des écoles décrépites ne sauvera pas un gouvernement pris entre une jeunesse activiste et la réalité budgétaire.

C'est un scénario familier dans la vie publique française : quand la rue gronde, l'État ouvre son chéquier. Face à cinq semaines d'agitation croissante des jeunes, de blocus scolaires et de rues enflammées, l'administration pensait qu'un vaste plan de dépenses pourrait calmer les esprits. Elle s'est trompée.
Le ministre de l'Éducation, Édouard Geffray, a admis que certaines parties de l'infrastructure éducative nationale ne sont tout simplement pas adaptées à l'enseignement – un constat accablant pour un système où les salles de classe souffrent de moisissures, de fenêtres qui ne ferment pas, de toilettes cassées et de plafonds qui s'effondrent. Le remède proposé par le gouvernement est un prêt de 4 milliards d'euros aux autorités régionales pour des rénovations d'urgence, ainsi qu'une promesse de limiter la taille des classes pour les élèves de 15 ans à 28 dans les zones défavorisées, de créer de nouveaux postes d'enseignants et de réformer le système du baccalauréat. Le ministre de l'Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, a ajouté 15 000 places universitaires professionnelles à l'offre et a promis de remplacer la plateforme d'application controversée Parcoursup d'ici 2028.
Pour tout observateur pragmatique, de telles concessions représenteraient un gain substantiel. Pour les dirigeants du syndicat Les Lycéens, cependant, ce ne sont que des demi-mesures. Des figures syndicales comme Pierre Sourzat et Louis Letoublon ont explicitement présenté la situation comme une lutte de pouvoir, exhortant les élèves à maintenir leurs barricades jusqu'à ce que leurs revendications maximales soient satisfaites. Le calcul des activistes est simple : un État paniqué peut toujours être pressé pour obtenir davantage.
Pendant ce temps, le coût public de cette confrontation idéologique ne cesse d'augmenter. Le mouvement, désormais coalescé avec les syndicats et les manifestants pour le pouvoir d'achat, a atteint un sommet violent le 17 octobre avec des pillages et du vandalisme généralisés. Les villes ont institué des couvre-feux, tandis que le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a signalé de nouvelles tensions impliquant des formations d'ultra-droite organisées à Nice et Montpellier. Des dizaines d'enfants ont été blessés par des armes de police, des centaines ont été placés en garde à vue, et les autorités ont été contraintes de reconnaître publiquement les échecs en matière de sécurité et de renseignement.
En visite à Marseille, le président Emmanuel Macron a averti que les prochaines manifestations du 31 octobre représentent un nouveau jour de risque. À six mois d'une élection présidentielle et avec Marine Le Pen en tête des sondages, l'administration se retrouve à gérer le chaos plutôt qu'à gouverner. Jeter des milliards sur des biens publics en ruine pendant que les dirigeants syndicaux exigent une capitulation totale illustre un malaise systémique plus large. Lorsque des dépenses sans fin sont la seule réponse à l'échec administratif, les barricades ne tombent jamais vraiment.
Écrit par Thomas Nussbaumer thomas.nussbaumer@alpineweekly.com
Dernières nouvelles





