
L'illusion de la paix sur le 38e parallèle
Le président sud-coréen propose à Pyongyang une fin officielle à une guerre de soixante-dix ans, mais la réponse de Kim Jong Un s'écrit en missiles balistiques.

Il y a un rythme familier à la diplomatie sur la péninsule coréenne, un rythme où les grandes ouvertures de Séoul sont systématiquement accueillies par le silence, ou pire, par des tirs d'artillerie et des ballons remplis d'ordures. Le président Lee Jae Myung a décidé que c'était son tour d'essayer de briser ce cycle. À l'occasion du Jour de la Libération, qui marque la fin de la domination japonaise, le dirigeant sud-coréen a proposé des pourparlers officiels avec Pyongyang pour conclure officiellement la guerre de Corée. Le conflit est techniquement gelé depuis l'armistice de 1953, laissant la péninsule dans un état de suspense lourdement armé et perpétuel.
La proposition de Lee est résolument ambitieuse. Abandonnons nos intentions de nous menacer mutuellement et entamons des discussions pour mettre fin à cette guerre de longue date en tant que parties directement impliquées, a-t-il exhorté pendant la cérémonie. Pour y parvenir, il envisage un système de sécurité multi-niveaux conçu pour prévenir les affrontements le long de la Zone Démilitarisée. Il espère également établir un forum pour stopper l'avancement des capacités nucléaires de la Corée du Nord. C'est un noble sentiment, bien qu'il se heurte de plein fouet à la réalité géopolitique du régime de Kim Jong Un.
Le contexte politique à Séoul explique une partie de cette urgence. Lee a accédé à la présidence l'année dernière suite à la destitution de Yoon Suk Yeol, dont la tentative désastreuse de déclarer la loi martiale a laissé le pays avide de stabilité. Par conséquent, Lee a tenté de réparer les relations avec la Corée du Nord et son principal bienfaiteur, la Chine, qui s'étaient fortement détériorées sous son prédécesseur. Pourtant, la diplomatie exige un partenaire consentant. Pyongyang s'est déclarée puissance nucléaire en 2022 et n'a montré absolument aucune inclinaison à renoncer à un arsenal qui compte déjà des dizaines d'ogives.
Selon les estimations précédentes de Lee, le Nord produit 15 à 20 ogives nucléaires supplémentaires chaque année. Confronté à cette prolifération rapide, le président sud-coréen semble ajuster ses attentes. Bien que Séoul maintienne officiellement l'objectif d'une dénucléarisation complète, Lee avait précédemment indiqué qu'il soutiendrait un accord entre le président américain Donald Trump et Kim Jong Un pour simplement geler la production. Trump, qui a rencontré le dictateur nord-coréen lors de son premier mandat, a évoqué l'idée d'une autre réunion en août dernier. Externaliser le gros du travail à Washington pourrait en effet être la stratégie la plus pragmatique de Lee.
Sans surprise, Pyongyang ne s'est pas précipité pour accepter la dernière offre de paix de Séoul. Au lieu de cela, les médias d'État se sont entièrement concentrés sur Kim Jong Un déposant des couronnes lors de ses propres cérémonies du Jour de la Libération. Le Nord a l'habitude de repousser Lee, préférant se plaindre des exercices militaires conjoints américano-sud-coréens et d'un accord qui verra Washington construire une flotte de sous-marins à propulsion nucléaire pour le Sud.
Juste pour s'assurer que le message n'était pas perdu dans la traduction, la Corée du Nord a tiré un missile balistique en mer mardi. C'était leur onzième test présumé cette année, parfaitement synchronisé avant les exercices militaires conjoints prévus entre Séoul et Washington. Un système de sécurité multi-niveaux semble excellent sur le papier, mais tant que Kim Jong Un n'aura pas décidé qu'il a construit suffisamment d'ogives, la Corée du Sud devra se contenter du froid réconfort de l'armistice de 1953.
Écrit par Thomas Nussbaumer thomas.nussbaumer@alpineweekly.com




