L'illusion de la neutralité absolue

À l'approche d'un référendum crucial, la Suisse débat si son pragmatisme historique peut survivre aux règles de défense modernes.

The Illusion of Absolute Neutrality

Les Suisses jouissent depuis longtemps du rare privilège de combiner une posture morale élevée avec un isolement géographique confortable. Le 27 septembre, les électeurs décideront s'il faut ancrer une définition stricte de la neutralité armée directement dans la constitution via l'Initiative de neutralité. Pourtant, derrière la rhétorique patriotique, la campagne a viré au débat sur une vieille histoire de fantômes vieille de quatre-vingts ans : le pacte secret du général Henri Guisan avec la France pendant la Seconde Guerre mondiale serait-il encore autorisé aujourd'hui ?

Durant ce conflit, Guisan a mis au point un plan de contingence clandestin avec Paris. Dès 1936, des années avant l'invasion de la Pologne par les troupes allemandes, des ingénieurs suisses construisaient discrètement des bunkers d'artillerie sur le plateau de Gempen, explicitement adaptés aux canons et soldats français. Le plan était clair : si l'Allemagne nazie attaquait, les forces françaises devaient intervenir pour aider à défendre la position suisse de la Limmat.

Les promoteurs et les détracteurs de l'initiative perçoivent désormais cette manœuvre historique sous des angles radicalement différents. Selon le texte constitutionnel proposé, la Suisse serait empêchée de rejoindre toute alliance militaire ou de défense. Une exception explicite n'est prévue que pour la coopération en cas d'attaque militaire directe contre la Suisse ou de préparatifs actifs à une telle attaque.

Pour Christoph Blocher, la figure de proue conservatrice qui promeut l'initiative, l'accord secret de Guisan ne violait pas la neutralité car les obligations neutres cessent dès qu'un ennemi franchit la frontière. Blocher soutient que les pactes d'urgence restent pleinement autorisés en vertu de son texte si une menace est réelle. Cependant, il trace une ligne nette en ce qui concerne les exercices conjoints modernes, arguant que les manœuvres avec l'OTAN transforment la Suisse en partie belligérante. Selon lui, une collaboration de routine avec des armées étrangères individuelles est acceptable, mais un entraînement conjoint avec un bloc militaire est interdit.

Les réalistes militaires considèrent cette distinction rigide avec un profond scepticisme. Le conseiller FDP et ancien colonel de l'armée Josef Dittli affirme qu'une défense nationale efficace ne peut être improvisée à la dernière minute. La guerre moderne exige une détection précoce des menaces et des années de synchronisation technique avec les forces voisines. Les pilotes de chasse suisses s'entraînent déjà avec des forces aériennes étrangères, et les troupes terrestres suisses ont récemment mené des manœuvres conjointes en Autriche aux côtés des forces allemandes.

S'attendre à ce qu'une armée se coordonne de manière transparente avec des alliés externes uniquement après que les chars ennemis aient franchi la frontière relève de la fantaisie militaire. Une nation souveraine peut-elle véritablement se protéger si ses forces armées sont interdites de répéter leur défense au préalable ? Les électeurs décideront bientôt si la pureté constitutionnelle vaut le prix de l'isolement tactique.

Écrit par Sandy van Dongen sandy.vandongen@alpineweekly.com