Le racket de protection des Houthis : monétiser la mer Rouge

Guidés par l'Iran, les militants yéménites tentent de transformer un point de passage maritime mondial vital en une source de revenus permanente.

Le commerce mondial est sur le point de subir les assauts d'un péage lourdement armé. Plutôt que de simplement lancer des missiles sur les cargaisons de passage, les rebelles houthis du Yémen, qui ont pris le pouvoir en 2014, ont trouvé une stratégie bien plus lucrative : envoyer une facture à l'industrie maritime. Selon le gouvernement yéménite internationalement reconnu, le groupe militant est en train de développer activement un système de paiement pour facturer les navires commerciaux pour le privilège de transiter par le détroit de Bab el-Mandeb.

Cette transition de la piraterie idéologique à l'extorsion maritime n'est pas une initiative houthie locale. Les renseignements cités par le ministre yéménite de l'Information, Moammar al-Eryani, suggèrent que le cadre administratif de ce système de péage est conçu avec l'assistance directe d'experts du Corps des Gardiens de la Révolution islamique d'Iran. Le plan impliquerait la création d'une entité corporative dédiée pour percevoir les frais de transit auprès des compagnies maritimes. Eryani a qualifié cette initiative d'escalade dangereuse visant à transformer un corridor maritime vital en une source de revenus permanente pour la milice.

Pour quiconque observe le comportement de Téhéran dans le golfe Persique, cette stratégie est entièrement familière. L'Iran a longtemps insisté sur sa prérogative d'imposer des péages aux navires naviguant dans le détroit d'Ormuz, qui traitait auparavant un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié mondiaux. En exportant ce modèle vers la mer Rouge, le soi-disant Axe de la Résistance — le réseau de milices par procuration de Téhéran s'étendant du Liban à l'Irak — tente de franchiser son contrôle sur les artères énergétiques mondiales.

L'audace de ce plan est à la hauteur de la vulnérabilité de la cible. Le Bab el-Mandeb, qui se traduit par la « Porte des Larmes », a servi de route alternative cruciale pour les livraisons de pétrole brut précisément à cause des perturbations à Ormuz. Désormais, les marchés de l'énergie sont confrontés à la perspective d'une double emprise. Les Houthis n'occupent même pas physiquement le littoral directement frontalier du détroit, pourtant leur présence à moins d'une centaine de kilomètres à l'intérieur des terres est suffisante pour projeter une menace crédible.

Cette escalade administrative fait suite à des mois de perturbation physique. Les assauts houthis contre des navires liés à Israël avaient déjà contraint les grandes compagnies maritimes à de longs détours autour de l'Afrique australe. Plus récemment, le groupe a déclaré un blocus maritime contre l'Arabie saoudite, ciblant ses infrastructures pétrolières et ses pétroliers. La capacité du royaume à exporter quotidiennement des millions de barils de pétrole brut est soumise à une pression soutenue.

La réponse a été, comme on pouvait s'y attendre, énergique. Riyad a lancé des frappes de représailles contre les positions houthies, tandis qu'une opération combinée des États-Unis et de l'Arabie saoudite a récemment ciblé un réseau de milices pro-iraniennes en Irak, faisant au moins vingt victimes. Pourtant, les frappes aériennes à elles seules démantèlent rarement un racket de protection bien établi. Si les Houthis et leurs sponsors iraniens réussissent à monétiser le Bab el-Mandeb, le coût du commerce mondial reflétera en permanence le prix à payer pour apaiser des racketteurs lourdement armés.

Écrit par Thorben Thiede thorben.thiede@alpineweekly.com