Le lourd tribut de la retenue syrienne

Ahmed al-Sharaa mise sur la réhabilitation économique plutôt que sur les représailles militaires, mais Israël réduit rapidement ses options.

The High Price of Syrian Restraint

Lorsque les forces israéliennes ont bombardé une colline près de Beit Jinn et mené des raids dans la province de Quneitra, la réponse de Damas a été étonnamment absente. Même après que des avions de chasse israéliens aient pilonné la base militaire d'Abu al-Duhur dans le nord de la Syrie — prétendument pour bloquer un déploiement turc que Damas et Ankara nient tous deux — le gouvernement syrien s'est limité à des protestations diplomatiques. Pour la nouvelle administration d'Ahmed al-Sharaa, tendre l'autre joue n'est pas un exercice de pacifisme, mais un pari calculé selon lequel les bilans financiers comptent plus que la bravade militaire.

La réalité sur le terrain offre peu de choix. Après l'effondrement de l'armée de Bachar al-Assad fin 2024, le nouveau régime a hérité d'institutions brisées et d'un paysage sécuritaire fragmenté composé de divers groupes armés. Selon les estimations de la Banque mondiale, la restauration des infrastructures physiques détruites de la Syrie nécessitera 216 milliards de dollars. Tirer des missiles au-delà de la frontière sud ne génère pas d'électricité, n'ouvre pas de lignes de crédit internationales et ne reconstruit pas les usines bombardées. Damas a besoin d'une administration fonctionnelle et de capitaux étrangers, pas d'une guerre d'usure ingagnable.

À cette fin, l'accent mis par al-Sharaa sur la réhabilitation économique a produit des dividendes diplomatiques tangibles. Washington a démantelé son vaste cadre de sanctions en 2025 et a officiellement retiré la Syrie de sa liste des États soutenant le terrorisme le 24 août. L'Union européenne a également levé ses sanctions économiques globales, bien que, fidèle à elle-même, les bureaucrates européens aient veillé à maintenir une couche de restrictions de sécurité ciblées. Bien que Washington ait critiqué la frappe d'Abu al-Duhur, Damas comprend que son fragile retour aux réseaux financiers mondiaux dépend entièrement d'éviter une escalade régionale majeure qui effraierait les investisseurs étrangers.

Pourtant, cette retenue forcée offre au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu précisément l'ouverture tactique qu'il désire. Profondément méfiant à l'égard d'un gouvernement syrien dirigé par des figures issues d'un milieu islamiste armé et alarmé par les liens militaires de Damas avec la Turquie, Israël a dépassé de loin la simple sécurité frontalière. Netanyahu a exigé la démilitarisation totale des provinces de Quneitra, Deraa et Soueïda, tout en insistant pour que la nouvelle armée syrienne reste au nord de Damas. Pour Israël, ces frappes et ces exigences représentent une sécurité préventive ; pour la Syrie, elles représentent une pression intenable sur la souveraineté fondamentale de l'État.

Cette paralysie stratégique comporte également des risques intérieurs aigus. Une enquête de 2025 menée par l'Arab Center Washington DC a montré que 88 % des Syriens considèrent Israël comme une menace sécuritaire, 74 % s'opposent à une reconnaissance officielle et 70 % rejettent tout accord omettant le retour du plateau du Golan. Bien que 61 % des répondants aient reconnu que la politique étrangère actuelle reflète le sentiment public, l'endurance a ses limites. Si le pivot économique d'al-Sharaa ne parvient pas à garantir à terme l'intégrité territoriale et l'autonomie stratégique, une population habituée à des décennies de rhétorique anti-israélienne pourrait conclure que la retenue ressemble étrangement à une capitulation.

Écrit par Thorben Thiede thorben.thiede@alpineweekly.com