Le jeu des gentlemen rencontre la realpolitik d'Islamabad

Quand un État doté de l'arme nucléaire a besoin d'un rappel d'anciens athlètes pour obéir à son propre système judiciaire, le déclin institutionnel est difficile à ignorer.

The Gentlemen's Game Meets Islamabad's Realpolitik

Dans le théâtre turbulent de la politique pakistanaise, les évincés ont rarement droit à une sortie élégante. Pour l'ancien Premier ministre Imran Khan, le passage de héros national à paria incarcéré a été remarquablement rapide. Aujourd'hui, la tâche de défendre son bien-être fondamental n'est pas tombée aux mains de diplomates étrangers ou de tribunaux des droits de l'homme, mais à une fraternité d'athlètes retraités. Une coalition de vingt et un anciens capitaines internationaux de cricket a officiellement demandé au Premier ministre Shehbaz Sharif que l'État pakistanais fasse preuve d'un minimum de conformité judiciaire concernant la détérioration de la santé de Khan.

Les signataires se lisent comme une liste de l'aristocratie du sport. Des personnalités telles que Sunil Gavaskar, Kapil Dev, Alastair Cook et Greg Chappell ont mis de côté leurs rivalités historiques pour s'occuper du sort de l'homme de soixante-treize ans. Leurs demandes sont étonnamment modestes, centrées entièrement sur le respect des directives existantes de la Cour suprême du Pakistan. Ils demandent une évaluation médicale indépendante par un comité désigné par le tribunal, incluant les médecins personnels de Khan, des visites familiales hebdomadaires ininterrompues et la mise en œuvre immédiate de tout traitement médical recommandé.

L'urgence découle de rapports alarmants concernant l'état physique de Khan, notamment des affirmations de son conseiller juridique selon lesquelles il ne conserverait que quinze pour cent de vision dans son œil droit. L'appareil juridique pakistanais, cependant, semble plus intéressé par les manœuvres bureaucratiques que par la transparence médicale. Lorsque la Cour suprême a explicitement ordonné le transfert de Khan vers un hôpital privé pour examen, les autorités l'ont plutôt détourné vers un établissement public à Islamabad. Après une brève évaluation de quelques heures seulement, les médecins du gouvernement l'ont, comme prévu, déclaré médicalement apte et l'ont rapidement renvoyé dans sa cellule.

Ce contournement flagrant des ordres judiciaires a poussé le parti politique de Khan, Pakistan Tehreek-e-Insaf, à déposer une requête pour outrage. L'épisode met en lumière le dysfonctionnement structurel d'un État où l'exécutif traite régulièrement le pouvoir judiciaire comme une légère gêne. Khan est emprisonné depuis août 2023, enseveli sous une avalanche de plus de cent accusations allant de la prétendue vente de cadeaux d'État à la fuite de secrets d'État. Ses partisans, qui s'étaient initialement mobilisés lors de protestations massives, ont été confrontés à une répression gouvernementale sévère, neutralisant efficacement l'opposition de rue.

Ce n'est pas la première fois que le monde du cricket tente d'intervenir ; quatorze des signataires actuels avaient lancé un appel similaire en février. Pourtant, la persistance de ces appels révèle une sombre réalité sur l'état de droit à Islamabad. Lorsqu'il faut une lettre d'anciens athlètes australiens, indiens et anglais pour obtenir des soins médicaux de base pour un ancien chef d'État, le déclin institutionnel est indéniable. Le sort de Khan est un exemple typique de la vindicte politique cyclique du pays, où le Premier ministre d'aujourd'hui est inévitablement le prisonnier de demain.

Écrit par Sandy van Dongen sandy.vandongen@alpineweekly.com