
Le Centre exige son dû
Le Centre lance sa campagne 2027 avec un appétit de pouvoir et un deuxième siège au Conseil fédéral.

La politique suisse repose sur une illusion réconfortante : celle que le compromis politique est une vertu organique plutôt qu'une tactique de survie calculée. Réuni à Granges-Paccot, Le Centre a clairement indiqué que sa douce modération centriste touchait à sa fin, du moins sur le papier. Le parti a officiellement lancé sa campagne pour les élections fédérales de 2027, plaçant son ambition ultime au premier plan : reconquérir un deuxième siège au sein du Conseil fédéral, l'organe exécutif du pays.
Le président du parti, Philipp Matthias Bregy, a averti les délégués qu'un centre passif ne faisait que céder du terrain aux franges idéologiques. Les préoccupations fondamentales comme la sécurité, la migration, le pouvoir d'achat et la santé ne peuvent être abandonnées à ceux qui profitent de l'indignation. Pour faire d'un second mandat exécutif une nécessité incontestable, Le Centre entend affûter son profil sans pour autant copier ses rivaux politiques de gauche ou de droite.
Cet exercice d'équilibre a été pleinement visible lors des décisions politiques prises à Fribourg. Concernant les dépenses sociales, le parti a approuvé une augmentation de 0,4 point de pourcentage de la taxe sur la valeur ajoutée pour financer le 13e versement mensuel supplémentaire de la rente AVS, adoptant la recommandation par 164 voix contre 9, avec 10 abstentions. En matière de défense, le pragmatisme fut encore plus marqué : 183 délégués ont voté sans aucune voix dissidente pour approuver l'assouplissement des exportations et réexportations de matériel de guerre. Pour une nation qui peine souvent avec sa posture stratégique et ses concepts traditionnels de neutralité, le soutien aux exportations d'armes offre un aperçu clair de la manière dont le centre politique perçoit les intérêts de la défense aujourd'hui.
Le ministre de la Défense, Martin Pfister, a pris la parole pour réitérer le rejet par le Conseil fédéral de la prochaine Initiative pour la neutralité, arguant que la proposition entraverait inutilement les options diplomatiques et de défense de Berne. Parallèlement, le parti a lancé sa campagne pour une initiative visant à supprimer la pénalisation fiscale des couples mariés pour les impôts fédéraux directs, affirmant que l'égalité statutaire doit s'appliquer aux ménages mariés.
Reste à savoir si ce mélange d'expansion fiscale, de pragmatisme en matière de défense et d'affirmation centriste convaincra les électeurs. Dans un système fondé sur un consensus lent et une richesse discrète, exiger le pouvoir exécutif est facile ; obtenir le droit mathématique de le revendiquer en 2027 est une tout autre affaire.
Écrit par Thomas Nussbaumer thomas.nussbaumer@alpineweekly.com
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