
L'appétit cantonal pour les profits sur papier
Les électeurs de Bâle-Campagne sont confrontés à un choix entre plafonner les taxes sur la planification ou étendre les prélèvements municipaux.

La politique locale suisse possède une capacité étrange à transformer des définitions administratives en grandes batailles fiscales. Le 27 septembre, les électeurs du canton de Bâle-Campagne se rendront aux urnes pour régler un différend de longue date sur qui a droit à une part lorsque la valeur marchande d'un terrain augmente soudainement grâce à un coup de plume d'un bureaucrate. Le débat se résume à l'agressivité avec laquelle l'État devrait taxer la valeur créée par les décisions d'aménagement municipal.
Le concept de plus-value d'aménagement semble assez anodin dans les manuels politiques. Lorsqu'une municipalité reclasse un site industriel pour des logements résidentiels, autorise la construction sur des terrains jusqu'alors intacts, ou permet à un promoteur de construire cinq étages au lieu de trois, la propriété prend instantanément de la valeur. Parce que le propriétaire a réalisé ce gain inattendu sans poser une seule brique, les principes fédéraux et cantonaux permettent à l'État de prélever une partie de ces gains d'aménagement pour les caisses publiques.
De manière prévisible, les propriétaires fonciers considèrent la générosité officielle envers les fonds publics avec une profonde suspicion. L'Association des propriétaires a déposé son initiative, intitulée "Fairer Kompromiss bei der Mehrwertabgabe," visant strictement à limiter le prélèvement par l'État. La proposition fixe une taxe de 20 % sur les nouvelles zones de construction et plafonne les prélèvements sur les terrains rezonés à un maximum de 30 %. Le président de la HEV, Christoph Buser, avertit que les propriétaires sont déjà confrontés à des impôts sur les gains en capital immobiliers et que des coûts administratifs plus lourds découragent l'investissement, affirmant que l'ajout de taxes n'est guère le moyen d'encourager le logement abordable.
Le parlement cantonal préfère une approche plus large. La contre-proposition du Landrat étend le prélèvement au-delà du nouveau zonage et du rezonage pour inclure la densification, prélevant une part chaque fois que des limites de construction plus élevées sont accordées. Selon ce modèle, les municipalités empocheraient 90 % des revenus collectés, laissant 10 % aux caisses cantonales. Soutenue par le gouvernement cantonal, le FDP, Le Centre et une majorité parlementaire, les partisans soutiennent que ce modèle capture toutes les formes de profits d'aménagement tout en s'alignant mieux sur les directives fédérales.
Pourtant, le paysage politique s'est fracturé de manière inattendue. Alors que l'UDC et le PLR, partis de droite, soutiennent l'Association des propriétaires, et que les centristes modérés favorisent la contre-proposition, la gauche a abandonné les deux options. Les Socialistes, les Verts, les Vert'libéraux et le PEV rejettent l'ensemble du paquet. De leur point de vue, le statu quo actuel accorde aux municipalités toute la flexibilité dont elles ont besoin. Le parlementaire socialiste Urs Kaufmann affirme que les prélèvements ne font que rogner la marge bénéficiaire finale du propriétaire plutôt que de faire augmenter les prix immobiliers.
Que les électeurs optent pour les plafonds stricts de l'initiative ou pour la portée plus large du parlement, le débat fondamental demeure : la captation des aubaines administratives sert-elle l'intérêt public général ou ne fait-elle qu'augmenter les flux de revenus municipaux ? Dans un canton riche habitué au paternalisme d'État, l'appétit pour l'extraction fiscale ne montre aucun signe de fléchissement. Les propriétaires se demandent quelle part de leurs profits sur papier appartient réellement au trésor public.
Écrit par Christiane Hofreiter
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