L'autorité de l'État sur le pavé à Carcassonne

Une vidéo d'arrestation violente et une rhétorique extrémiste de la part des patrouilles révèlent de profondes frictions disciplinaires au sein des forces de l'ordre françaises.

State Authority on the Pavement in Carcassonne

Des images sur les réseaux sociaux montrant des policiers français se comportant comme des voyous de rue sont devenues une caractéristique habituelle du drame politique national. Le dernier spectacle en date nous vient de Carcassonne, où ce qui avait commencé comme une réponse banale à une plainte pour tapage nocturne lors de la Fête de la musique, le 21 juin, a dégénéré en une démonstration non provoquée de force physique. Une vidéo récemment diffusée montre un officier s'approchant nonchalamment par derrière d'un sans-abri de 29 ans et le projetant violemment sur l'asphalte.

La vidéo, publiée en ligne par le député Thomas Portes, a incité le parquet à ouvrir une enquête judiciaire pour violences volontaires par personne dépositaire de l'autorité publique. L'affaire a été transmise à l'antenne marseillaise de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) dès que les autorités ont affirmé avoir pris connaissance de l'enregistrement. Curieusement, la victime n'a jamais fait l'objet de l'action policière, n'a pas été arrêtée et n'a déposé aucune plainte avant son décès quelques semaines plus tard. Retrouvé en arrêt cardiaque dans son campement le 3 juillet, une autopsie réalisée le 9 juillet a écarté toute blessure traumatique causée par un tiers comme cause de la mort.

Pourtant, l'embarras institutionnel va plus loin qu'un simple incident d'hostilité de rue. Visible sur les images en tant que spectateur passif se trouve César R., un officier déjà suspendu après une précédente révélation du journal Midi Libre le 8 septembre. Ce scandale antérieur avait mis en lumière des policiers en patrouille exprimant des commentaires racistes, misogynes et anti-étatiques, César R. étant responsable de près de neuf dixièmes des propos virulents enregistrés, y compris des appels explicites à un coup d'État militaire et des théories du complot transphobes concernant Brigitte Macron.

L'establishment politique s'est, comme on pouvait s'y attendre, empressé de contenir la tempête. César R., qui avait également été agent de sécurité bénévole pour le Rassemblement National, a été rapidement exclu du parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella dans un effort pour minimiser la contagion idéologique.

Lorsque les forces de l'ordre oscillent entre violence de rue décontractée et rhétorique politique extrémiste, la prétention de l'État à un monopole de la force légitime semble de plus en plus fragile. Les suspensions administratives et les enquêtes routinières de l'IGPN peuvent régler la paperasse, mais elles révèlent une réalité plus dure : les institutions françaises de première ligne ont du mal à faire respecter une discipline élémentaire au sein de leurs propres rangs.

Écrit par Thomas Nussbaumer thomas.nussbaumer@alpineweekly.com