Rétribution standardisée : L'extension du pouvoir de la police en Suisse

Doubler les limites de détention après les émeutes de Berne offre l'illusion de la loi et de l'ordre tout en réduisant le contrôle judiciaire.

Standard Operating Retribution: Switzerland’s Expansion of Police Power

Lorsque la violence de rue perturbe l'ordre confortable de Berne, l'establishment politique suisse se tourne vers son réflexe préféré : les ajustements administratifs. Un an après qu'une manifestation pro-palestinienne ait dégénéré et laissé 18 policiers blessés, le parlement a discrètement approuvé une expansion significative de l'autorité de l'État. En vertu d'une nouvelle proposition adoptée par le Conseil des États et le Conseil national, la police sera bientôt autorisée à détenir des suspects pendant 48 heures au lieu des 24 heures traditionnelles.

La logique des forces de l'ordre est, comme on pouvait s'y attendre, pragmatique. Max Hofmann, représentant l'Association des officiers de police suisses, affirme qu'une seule journée est tout simplement insuffisante pour traiter des dizaines de détenus après des arrestations massives. Une garde à vue prolongée, selon lui, permet aux policiers de constituer des dossiers méticuleux avant de remettre les suspects aux procureurs. Hofmann a même suggéré un effet secondaire plus punitif, en estimant qu'une absence inexpliquée du travail le lundi matin pourrait servir de leçon utile aux participants aux manifestations souhaitant éviter de futures violences.

Cette vision informelle de la détention comme un inconvénient éducatif révèle une méconnaissance fondamentale des libertés civiles. La détention avant jugement n'est pas un aperçu d'une peine de prison, et elle n'est pas censée infliger une humiliation sociale. Alicia Giraudel d'Amnesty International souligne à juste titre qu'une garde à vue prolongée approfondit intrinsèquement l'ingérence de l'État dans les droits individuels, tout en maintenant la présomption fondamentale d'innocence.

Le véritable goulot d'étranglement juridique se situe ailleurs. Selon les normes établies par la Cour européenne des droits de l'homme, tout suspect doit être présenté à un juge pour approbation de la détention dans les 96 heures. En accordant à la police deux jours complets pour traiter la paperasse, le parlement prive de fait les procureurs et les tribunaux des mesures coercitives du temps nécessaire à un examen significatif. Contraindre les juges à une fenêtre frénétique de 48 heures n'améliore pas la sécurité ; cela risque simplement de transformer l'approbation judiciaire en un simple tampon hâtif.

Le Conseil fédéral est maintenant confronté à la tâche inconfortable d'élaborer un mécanisme concret qui satisfasse l'appétit punitif des législateurs sans violer ouvertement les cadres internationaux des droits de l'homme. La croyance naïve de la Suisse selon laquelle la sécurité publique peut être fabriquée simplement en maintenant les citoyens enfermés plus longtemps sans surveillance judiciaire rapide est sur le point de se heurter à la réalité complexe du droit constitutionnel.

Écrit par Sandy van Dongen sandy.vandongen@alpineweekly.com