
La révolution étudiante serbe face à la froide réalité du pouvoir
Après avoir vaincu le parti au pouvoir, un groupe hétérogène de novices politiques exige une purge de l'appareil de sécurité tandis que le limbo géopolitique de Belgrade persiste.
Par Thorben Thiede

Les électeurs serbes ont orchestré une intervention spectaculaire, se détournant de l'appareil dirigeant d'Aleksandar Vučić et confiant l'autorité parlementaire à un groupe de nouveaux venus en politique. Réunis par des comités universitaires, les 141 membres nouvellement élus de la Liste Étudiante — une coalition diverse comprenant des professeurs d'université, des athlètes et douze médecins — sont passés rapidement des manifestations de rue à l'exigence de démissions massives au sein des forces de police, de la magistrature et de l'agence de sécurité BIA.
L'ascension politique du mouvement a été déclenchée par la défaillance des infrastructures en novembre 2024 à Novi Sad, où l'effondrement d'un auvent de gare a coûté la vie à 16 personnes. La catastrophe a mis en lumière la corruption systémique ancrée dans les institutions publiques. Munis d'une plateforme politique de 1 200 pages, les nouveaux législateurs entendent mettre fin au pillage de l'État, récupérer les fonds publics et introduire une loi de lustration pour exclure les figures de l'ancien régime de la future administration publique. Des départs anticipés ont déjà eu lieu, notamment avec la démission de la directrice de la chaîne de télévision publique RTS, Manja Grčić, tandis que les dirigeants de Telekom Srbija subissent une pression similaire.
Pourtant, remplacer le personnel institutionnel est plus facile que de démanteler une culture politique persistante. Depuis plus d'une décennie, Belgrade maintient une posture d'ambiguïté stratégique, essayant de ménager toutes les parties. En refusant de se joindre aux sanctions internationales contre Moscou depuis 2022, la Serbie a obtenu du gaz naturel russe à prix réduit, tout en conservant son statut de candidat de longue date à l'UE. Cet équilibre a engendré une économie stagnante et un sentiment exagéré d'importance géopolitique.
Bruxelles s'est empressée d'accorder sa bénédiction bureaucratique habituelle, offrant son soutien aux réformes institutionnelles. Cependant, les responsables européens sous-estiment peut-être leur propre influence. Le manifeste étudiant traite ostensiblement le bloc européen non pas comme un foyer idéologique, mais simplement comme un partenaire économique principal. L'appareil de l'UE continue de projeter ses propres ambitions administratives sur un pays qui a passé des années à se complaire dans un limbo géopolitique.
Le défi immédiat pour le nouveau contingent parlementaire est d'exécuter les réformes avant que le climat politique ne change à nouveau. L'ancien gouverneur de la banque centrale, Dejan Šoškić, souligne l'urgence d'ouvrir les canaux médiatiques et d'établir des cadres anti-corruption. Pendant ce temps, la présidente par intérim Ana Brnabić a accusé la majorité entrante de préférer les purges politiques aux procédures légales établies. Avec des élections présidentielles prévues en décembre et Vučić promettant un retour politique rapide, les législateurs inexpérimentés de la Serbie doivent découvrir si un mandat moral peut survivre à la réalité chaotique du contrôle de l'État.
Écrit par Thorben Thiede thorben.thiede@alpineweekly.com




