
Robes, romance et un président déchu
Quand des affaires privées bouleversent la plus haute cour de Suisse, la discrétion institutionnelle se transforme rapidement en une purge publique.

Même en Suisse, où les institutions étatiques se targuent d'un décorum administratif sans heurts, des imbroglios personnels franchissent occasionnellement le sanctuaire juridique. L'assemblée des quarante juges fédéraux de Lausanne a retiré son soutien au président du Tribunal fédéral, François Chaix. Deux ans après son élection triomphale à la présidence, le juge PLR (FDP) comptant quinze ans de service au sein de la plus haute instance se voit lâché par ses collègues, qui recommandent plutôt le juge UDC (SVP) Thomas Müller pour ce poste suprême.
Cette manœuvre sans précédent est la conséquence directe d'un véritable feuilleton judiciaire qui a débuté en avril, lorsque des rapports ont révélé une relation amoureuse entre la juge UDC (SVP) Beatrice Van de Graaf et le juge indépendant Yves Donzallaz. Le droit fédéral interdit explicitement la cohabitation permanente entre deux membres de la plus haute cour. Bien que Donzallaz ait publiquement rejeté la qualification de leur lien comme une cohabitation permanente, la cour a commandité une enquête externe pour clarifier si les limites légales avaient été franchies. Les deux juges se représentent néanmoins à la réélection.
Au lieu de résoudre l'affaire avec une autorité transparente, la gestion du scandale n'a fait qu'engendrer davantage d'insatisfaction au sein de la cour. Le rapport d'enquête qui en a résulté a été discrètement remis au parlement, strictement tenu à l'écart du domaine public. En dehors des murs judiciaires, cette gestion a suscité de vives critiques lorsque la Commission judiciaire parlementaire a choisi de reporter l'élection, déplaçant le vote de la session d'automne à l'hiver.
La discrétion, il s'avère, a ses limites lorsque quarante juges décident que la protection de l'image de l'institution exige le sacrifice de son dirigeant. La décision appartient désormais à l'Assemblée fédérale, qui votera formellement sur la présidence de la cour en décembre. Reste à savoir si le remplacement du président rétablira la quiétude au sein d'une instance judiciaire mêlée à des définitions romantiques et légales, une question que les parlementaires devront démêler.
Écrit par Freya Stensrud freya.stensrud@alpineweekly.com



