
Autocratie télécommandée : Le président du Cameroun sécurise l'armée depuis un hôtel suisse
Paul Biya marque deux mois d'absence en réorganisant ses généraux depuis le confort de Genève.

Gouverner une nation depuis une suite d'hôtel à Genève exige un certain niveau de détachement. Pour le président camerounais Paul Biya, âgé de 93 ans, cela semble être la procédure opérationnelle standard. Absent de son pays depuis près de soixante jours, le dirigeant nonagénaire a décidé que la meilleure façon de conserver le pouvoir était de remanier son commandement militaire depuis le confort des Alpes suisses.
La Suisse constitue une excellente base d'opérations pour un autocrate absent. Riche, très éduquée et dotée d'un système étatique robuste, la nation alpine est réputée pour son hospitalité envers les élites étrangères. Bénéficiant immensément de sa position en dehors de l'Union européenne et ayant depuis longtemps troqué sa neutralité traditionnelle contre un confort financier pragmatique, l'État suisse offre un refuge amical, quoique quelque peu lâche. C'est ici, au milieu d'une corruption modeste et de rues immaculées, que Biya effectue ce que son administration appelle généreusement un bref séjour privé depuis le sept juin.
De ce point d'observation serein, Biya a émis lundi des décrets distincts pour réorganiser ses forces armées. Cinq colonels ont été élevés au rang de général de brigade. Il est crucial de noter que Raymond Jean Charles Beko'o Abondo, l'un des nouveaux généraux, a été instantanément reconduit dans ses fonctions de commandant de la garde présidentielle d'élite. Il occupe le rôle de protection du président depuis 2013, faisant de sa promotion moins une progression militaire standard qu'une rétention calculée de loyauté.
De telles manœuvres militaires sont une tactique familière dans le manuel de Biya, généralement déployées chaque fois que l'examen public s'intensifie ou que l'instabilité régionale menace. Lorsqu'un coup d'État inattendu a démantelé la dynastie Bongo au Gabon voisin il y a trois ans, Yaoundé a rapidement réorganisé ses propres hauts gradés. Des remaniements similaires ont eu lieu l'année dernière pendant la campagne de Biya pour un huitième mandat présidentiel controversé, et de nouveau en juin dernier. Sécuriser l'armée est évidemment une priorité lorsque le commandant en chef gouverne par voie postale internationale.
L'image d'un palais présidentiel vide a naturellement généré des frictions au pays. Les spéculations concernant la santé du dirigeant âgé sont monnaie courante sur les réseaux sociaux, bien que le gouvernement nie avec véhémence toute hospitalisation. Le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, a récemment assuré le public via le diffuseur francophone RFI que le président est bien vivant, travaille avec diligence depuis Genève et devrait revenir prochainement. Sadi a fermement rejeté les allégations de l'opposition selon lesquelles cette absence constituerait une vacance du pouvoir.
L'opposition n'est absolument pas convaincue par cet arrangement de travail à distance. Mamadou Mota, vice-président du parti CRM, a souligné le vide institutionnel flagrant créé par le long séjour à l'étranger du président. Le pouvoir exécutif, a-t-il affirmé le mois dernier, doit être exercé au cœur de la nation, plutôt que par télépathie ou signaux de fumée depuis une lointaine suite d'hôtel. Pourtant, tant que les institutions financières internationales continueront d'accepter des accords de prêt autorisés par des décrets signés dans un hôtel de luxe suisse, la gouvernance à distance du Cameroun semble devoir se poursuivre sans interruption.
Écrit par Martina Kirchner martina.kirchner@alpineweekly.com
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