Le réflexe de la limitation de vitesse de Berne : Économiser du carburant ou moralisation symbolique ?

Face aux eaux peu profondes du Rhin et aux troubles au Moyen-Orient, les autorités suisses envisagent déjà des ralentissements autoroutiers malgré d'immenses réserves stratégiques.

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Bern's Speed Limit Reflex: Saving Fuel or Symbolic Moralising?

Chaque fois que la nature ou la géopolitique contrarie légèrement l'économie suisse, la bureaucratie fédérale de Berne fait preuve d'un réflexe pavlovien prévisible : microgérer le conducteur. Avec un Rhin exceptionnellement sec et un conflit latent au Moyen-Orient, le transport de carburant vers la Suisse enclavée a connu une légère zone de turbulence. Naturellement, les fonctionnaires fédéraux envisagent déjà de réduire les limitations de vitesse sur les autoroutes à 80 km/h.

La logique derrière ce ralentissement proposé découle de goulots d'étranglement dans les transports plutôt que d'un manque immédiat de carburant. Normalement, les péniches transportent de l'essence et du mazout de Rotterdam vers l'amont via Bâle. Les faibles niveaux d'eau sur le Rhin ont fortement réduit cette voie navigable, obligeant les entreprises de logistique à dépendre fortement des expéditions par train depuis Ingolstadt et des pipelines originaires de Marseille pour alimenter la raffinerie de Cressier. Une récente période de fortes pluies dans le sud de la France a brièvement inondé les stations de pompage des pipelines, rappelant brutalement la fragilité des chaînes d'approvisionnement.

Pourtant, la Suisse est loin d'être au bord de la paralysie. Le pays maintient d'importantes réserves obligatoires de carburant, que Berne n'a utilisées qu'avec parcimonie depuis septembre, libérant à peine quatre pour cent des stocks de diesel ces dernières semaines. Roland Pfister, le délégué à l'approvisionnement économique du pays, a reconnu qu'un mandat de 80 km/h n'entrerait en vigueur que si les réserves étaient fortement épuisées et si les économies volontaires échouaient. Pourtant, la tentation reste forte dans les couloirs fédéraux, où ralentir la circulation n'est pas seulement considéré comme un moyen pratique de réduire la consommation de carburant, mais aussi comme un geste symbolique pour envoyer un signal fort au public.

Comme on pouvait s'y attendre, le secteur des transports est loin d'être impressionné. Benjamin Giezendanner, conseiller national de l'UDC et entrepreneur en logistique, a souligné que les stocks stratégiques existants pourraient amortir les prélèvements actuels pendant plus de 24 mois. Pour le fret commercial, qui roule rarement aux vitesses maximales autoroutières de toute façon, ralentir les voitures de tourisme ressemble moins à une gestion prudente des ressources qu'à une intervention étatique moralisatrice.

Alors que les planificateurs fédéraux insistent pour élaborer des plans d'urgence, faire paniquer les conducteurs sur la voie rapide semble absurdement prématuré. La richesse de la Suisse et ses réserves bien garnies ont été conçues précisément pour traverser les chocs extérieurs sans recourir à une austérité hâtive. Berne ferait mieux de laisser la logistique du marché s'adapter plutôt que d'utiliser les faibles niveaux des rivières comme excuse pour surveiller les compteurs de vitesse.

Écrit par Sandy van Dongen sandy.vandongen@alpineweekly.com