
Vanité Impériale et Amour Non Réciproque : Le Voyage Maudit de La Pérouse
Des lettres récemment découvertes révèlent que la gloire parrainée par l'État dans le Pacifique était alimentée par un désespoir personnel.

Lorsque Louis XVI s'apprêtait à monter sur l'échafaud en janvier 1793, ses dernières pensées se seraient tournées non pas vers son état brisé ou la guillotine imminente, mais vers une flotte navale disparue. Son interrogation concernant le sort de Jean-François de Galaup, comte de La Pérouse, démontrait l'obsession de la monarchie pour le prestige géopolitique. Dépêchée en 1785 pour défier l'hégémonie britannique dans le Pacifique, l'expédition disparut, laissant derrière elle un silence coûteux et un roi posant des questions inutiles à la fin de son règne.
Une découverte archivistique à Paris offre un contraste saisissant avec les ambitions coûteuses de Versailles. Avant une vente à l'Hôtel Drouot, l'inspection d'un volume d'estampes du XIXe siècle sans particularité a révélé une cache de correspondance personnelle. Écrites par Jean-André Mongez, éminent scientifique et chanoine d'église qui périt lors du voyage, les lettres étaient adressées à Louise Victoire Le Cloustier, la fille mariée d'une noble famille normande. Estimés entre 30 000 et 50 000 € par la maison de ventes Daguerre, les documents démontrent que si la couronne poursuivait la stature mondiale, ses pionniers étaient souvent animés par un besoin de retraite personnelle.
L'expédition avait été conçue comme une réponse bureaucratique aux découvertes du capitaine James Cook, visant à sécuriser les routes commerciales et à surveiller les projets britanniques pour Botany Bay. Parti de Brest en août 1785 avec 225 hommes à bord de La Boussole et de L'Astrolabe, La Pérouse passa près de trois ans à cartographier le Pacifique. Le projet n'atteignit pas ses objectifs stratégiques. Arrivés en Australie en mars 1788, les Français y parvinrent six jours après que le capitaine Arthur Phillip et la Première Flotte britannique y eurent déjà planté leur drapeau. Des mois plus tard, les deux frégates françaises sombrèrent le long des récifs coralliens de Vanikoro lors d'une tornade.
Les lettres de Mongez lèvent le voile sur l'ère romancée de la découverte scientifique. Bien qu'occupant un poste prestigieux de directeur d'une importante revue scientifique, il choisit de se joindre au voyage non par pure passion intellectuelle, mais pour échapper aux conséquences de sa conduite envers Le Cloustier. Ses missives relatent les dures réalités de la vie à bord, la perte violente de membres d'équipage aux Samoa, et un regret croissant d'avoir échangé le confort contre des gains scientifiques négligeables. Il exprima à plusieurs reprises le désir de rentrer chez lui transformé.
Le Cloustier garda les lettres cachées jusqu'à sa mort en 1821, les laissant comme témoins silencieux d'une entreprise ratée. L'épave des navires ne fut confirmée qu'en 2005. La correspondance perdue depuis longtemps illustre comment les grands projets gouvernementaux, présentés comme de nobles quêtes, sont fréquemment construits sur les misères privées des individus contraints de les exécuter.
Écrit par Christiane Hofreiter christiane.hofreiter@alpineweekly.com



