Règlement de comptes à Bruxelles : L'Allemagne et les contributeurs nets réévaluent le rêve budgétaire de deux mille milliards de l'UE

Une coalition menée par le Chancelier Friedrich Merz exige des coupes de plusieurs centaines de milliards et rejette toute nouvelle dette commune.

Reckoning in Brussels: Germany and Net Payers Reassess the EU’s Two-Trillion Budget Dream

Bruxelles a longtemps fonctionné sous l'hypothèse confortable que les portefeuilles des États membres étaient inépuisables. Cette grande illusion s'effondre alors que l'Allemagne, rejointe par cinq autres contributeurs nets, exige un sévère retour à la réalité concernant le projet de budget de l'Union européenne pour la période 2028-2034.

Lors d'un sommet organisé à Berlin par le Chancelier Friedrich Merz, des représentants de l'Allemagne, de l'Autriche, du Danemark, de la Finlande, de la Suède et des Pays-Bas ont établi une position commune ferme. Leur message à la Commission européenne était clair : le cadre de dépenses proposé de près de deux mille milliards d'euros doit être réduit sur toute la ligne. Berlin considère la proposition de la Commission inabordable, plaidant plutôt pour une coupe totale d'environ 400 milliards d'euros, soit environ un cinquième de l'ensemble du projet de budget.

Plutôt que de permettre à la Commission de continuer à étendre son empreinte administrative et programmatique tentaculaire, la coalition insiste sur le fait que des économies doivent être réalisées dans toutes les catégories de dépenses. Le capital restant devrait être redirigé vers les priorités essentielles, notamment la défense, la compétitivité économique, le contrôle de l'immigration et la souveraineté européenne. Fait crucial, les six capitales ont fermement refusé d'envisager toute répétition de la dette européenne commune, soutenant que l'accumulation de nouvelles dettes n'est pas une solution aux pressions budgétaires.

Cette posture défensive représente un revirement frappant par rapport à la volonté antérieure de l'Allemagne de soutenir la croissance du budget européen. En 2018, Angela Merkel avait explicitement indiqué sa disposition à augmenter les paiements allemands au trésor de l'UE. Cette trajectoire a atteint son apogée pendant la crise pandémique en mai 2020, lorsque Merkel et le président français Emmanuel Macron ont œuvré pour un mécanisme de relance de 500 milliards d'euros en dehors du cadre financier standard. L'initiative NextGenerationEU qui en a résulté a engagé le bloc dans des emprunts communs à grande échelle. Pas plus tard qu'en 2021, l'ancienne coalition Ampel allemande avait formellement promis que les remboursements de cette dette ne devraient pas forcer de coupes dans le financement régulier de l'UE.

Ces promesses se sont maintenant heurtées au mur de l'arithmétique financière. Suite à une note interne allemande ayant fuité plus tôt cet été, Merz a publiquement signalé lors d'une visite en Irlande que des coupes de plusieurs centaines de milliards d'euros dans tous les secteurs étaient obligatoires. Les contributeurs nets ne sont plus disposés à financer l'expansion d'une machine bruxelloise habituée à vivre au-delà des moyens de ses membres.

Écrit par Andreas Hofer andreas.hofer@alpineweekly.com