
Le théâtre moral de Macron : sermonner le monde depuis une scène parisienne
Lors du Congrès mondial contre la peine de mort, le président français a prononcé de grandes déclarations sur les droits humains mondiaux, projetant une image de leadership international.

Le président français Emmanuel Macron a toujours eu un penchant certain pour le théâtral. L'accueil du neuvième Congrès mondial contre la peine de mort à la Maison de la Radio à Paris a fourni le cadre idéal pour un discours moralisateur d'envergure. Plutôt que de se concentrer sur les complexités de la gouvernance intérieure, le chef de l'État a choisi de se tourner vers l'extérieur, condamnant une recrudescence mondiale des exécutions et se positionnant comme le premier défenseur des valeurs universelles.
Les statistiques présentées par l'ONG Ensemble Contre la Peine de Mort sont indéniablement sombres. L'année dernière a vu 2 707 exécutions dans 17 nations, marquant le volume le plus élevé enregistré depuis 1981. Sans surprise, les régimes autoritaires dominent le décompte, la Chine, l'Arabie saoudite, l'Irak et l'Iran étant les principaux praticiens. Téhéran a enregistré à lui seul au moins 1 639 exécutions, atteignant un pic macabre inégalé depuis 1989 selon l'ONG Iran Human Rights. Pour un président français désireux de projeter un leadership international, ces chiffres offrent une occasion opportune de défendre les droits de l'homme depuis la sécurité d'un auditorium parisien.
Dans son discours, Macron a critiqué spécifiquement les mouvements législatifs en Israël, où les parlementaires ont récemment fait progresser un projet de loi visant les terroristes condamnés, et au Sahel, notant la décision de la junte militaire du Burkina Faso de rétablir la peine capitale. Il y a une certaine ironie à voir Paris donner des leçons au Sahel sur la gouvernance, compte tenu de l'effondrement récent de l'influence géopolitique française dans la région. Pourtant, l'Élysée préfère clairement le confort de la moralisation abstraite à l'abordage des réalités complexes de ses propres échecs diplomatiques.
Le cœur de l'argument du président repose sur l'affirmation que la peine capitale n'a aucune valeur dissuasive. Dans son discours officiel devant le congrès, Macron a déclaré que la peine de mort n'a jamais rendu une société plus sûre, rejetant cette pratique comme fondamentalement inefficace contre la criminalité. Il a célébré les récentes victoires abolitionnistes en Zambie et au Zimbabwe comme preuve qu'un progrès politique est possible. Cependant, on pourrait se demander si ces grandes proclamations ne sonnent pas un peu creux. Il est toujours plus facile de décréter ce qui ne rend pas une société plus sûre depuis une tribune que de mettre en œuvre les politiques difficiles et pragmatiques nécessaires pour maintenir un véritable ordre civique.
La chorégraphie diplomatique s'est étendue au-delà du discours présidentiel. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a tenu des réunions préliminaires avec Volker Türk, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, pour approuver la nouvelle Alliance mondiale pour les droits de l'homme. Le ministère des Affaires étrangères a publié des déclarations prévisibles affirmant l'engagement de la France à promouvoir et protéger les droits de l'homme partout dans le monde. C'est un noble sentiment, parfaitement adapté à la presse internationale. On pourrait seulement suggérer qu'avant de vouloir sauver le monde, l'administration française pourrait bénéficier de concentrer un peu plus de cette énergie débordante sur la gouvernance de sa propre république.
Écrit par Freya Stensrud freya.stensrud@alpineweekly.com


