Hormuz : l'étroit détroit où la trêve Iran-États-Unis est déjà en train de se fissurer

Un vague mémorandum de juin a laissé les deux parties se disputer sur la même voie navigable, et toutes deux prétendent que l'autre cédera la première

Le cessez-le-feu entre l'Iran et les États-Unis a toujours été une chose fragile, plus une pause anxieuse qu'un règlement. Aujourd'hui, il ressemble moins à une paix qu'à un bref intermède avant la prochaine manche. Le point de tension immédiat est le détroit d'Ormuz, ce corridor étroit par lequel transitent les approvisionnements énergétiques mondiaux. Téhéran insiste sur son droit absolu à gérer cette artère maritime vitale selon ses propres termes.

Le problème découle d'un protocole d'accord signé en juin. Rédigé à la hâte, il a, comme on pouvait s'y attendre, laissé place à des interprétations incompatibles. L'Iran s'appuie sur une clause stipulant que la République islamique prendra des dispositions pour le passage sûr des navires commerciaux. Washington y voit un engagement à maintenir le détroit ouvert pour la libre circulation des marchandises mondiales. Téhéran entend souveraineté, tandis que les Américains entendent accès.

À l'intérieur de l'Iran, la situation est loin d'être calme. Robert Malley de l'International Crisis Group suggère que certaines factions veulent utiliser les gains sur le champ de bataille diplomatiquement, tandis que d'autres estiment que la trêve est arrivée prématurément. Les récentes attaques contre trois navires, dont un pétrolier battant pavillon qatari, soulignent cette friction interne. Une source diplomatique régionale a décrit ces frappes comme l'œuvre d'une unité renégate au sein du Corps des Gardiens de la révolution islamique.

Alors que les mers restent agitées, le parlement de Téhéran a discrètement introduit un projet de loi visant à formaliser sa gestion du détroit. Ebrahim Azizi, chef de la commission de sécurité nationale, a exprimé clairement son point de vue, qualifiant le contrôle de la voie navigable de droit inaliénable et d'atout pour faire face à l'ennemi. Lorsqu'on lui a demandé quand l'Iran céderait le contrôle, sa réponse fut jamais. Cette posture agressive a irrité les médiateurs régionaux, y compris le Qatar et Oman. Les Émirats arabes unis ont également clairement indiqué que tout plan iranien d'imposer des frais de service créerait un précédent inacceptable.

On parle encore de compromis, bien que cela ressemble plus à un vœu pieux qu'à une stratégie. L'ancien diplomate britannique Simon Gass suggère que les navires pourraient passer sans péages tandis que l'Iran recevrait une redevance nominale pour préserver la fiction de l'autorité. Derrière ce théâtre diplomatique se cache une erreur d'interprétation fondamentale, car les deux parties croient détenir l'avantage. L'Iran se targue de sa capacité à absorber la douleur, pourtant son économie ploie sous une inflation de 80 % et des pertes d'emplois massives.

Les États-Unis n'opèrent pas non plus depuis une position de sérénité. Le président Trump fait face à d'intenses pressions politiques et économiques qui pourraient encore ramener son équipe à la table des négociations. Pour l'instant, le différend sur Ormuz a complètement éclipsé toute discussion sur le programme nucléaire iranien. La fenêtre initiale de 60 jours pour les négociations semble désormais optimiste au point de relever de la fantaisie. Sans une base de confiance, le détroit d'Ormuz restera la ligne de faille géopolitique où cet arrangement fragile menace de se déchirer.

Écrit par Christiane Hofreiter

christiane.hofreiter@alpineweekly.com