
Le suspect de Lockerbie décède tandis que la lenteur de la justice le perd de vue
La mort d'Al Amin Khalifah Fhimah, suspect acquitté, met fin aux efforts discrets des procureurs pour monter un second procès.

Le mécanisme juridique conçu pour lutter contre le terrorisme d'État avance à un rythme délibéré, presque léthargique. Pour Al Amin Khalifah Fhimah, cette lente roue de la justice a finalement cessé de tourner. Le ressortissant libyen de 70 ans, dont l'acquittement en 2001 pour la destruction du vol Pan Am 103 avait laissé l'une des plus graves blessures de la diplomatie occidentale sans résolution, est décédé, comme l'a confirmé une annonce de Libyan Airlines.
Son décès, suivi de funérailles à Tripoli, referme discrètement un chapitre que les procureurs d'Écosse et des États-Unis se préparaient en privé à rouvrir. Des décennies après que 270 personnes aient été tuées lors de l'attentat de décembre 1988 au-dessus de Lockerbie, Fhimah est resté un sujet d'intérêt persistant malgré son acquittement officiel par la justice.
La procédure initiale fut un exercice d'arrangements juridiques complexes. Après des années de sanctions des Nations Unies contre la Libye, Fhimah et son co-accusé, Abdulbasset Al Megrahi, furent livrés pour être jugés devant un tribunal écossais siégeant aux Pays-Bas. Le verdict aboutit à une dichotomie nette : Megrahi fut reconnu coupable d'avoir joué un rôle clé dans l'attentat contre l'avion américain, tandis que Fhimah — qui travaillait pour la compagnie aérienne nationale libyenne à Malte avant l'attaque — fut acquitté. Il rentra chez lui, accueilli personnellement par le Colonel Mouammar Kadhafi, ayant constamment nié toute participation.
Cette victoire judiciaire ne l'a pas protégé indéfiniment d'un nouvel examen. En 2022, le Federal Bureau of Investigation a révélé de nouveaux détails provenant d'une prétendue confession d'Abu Agila Mohammad Masud Kheir Al-Marimi, qui est actuellement jugé aux États-Unis. Selon les détails de l'interrogatoire qu'Al-Marimi aurait fournis à un officier de police libyen, lui, Fhimah et Megrahi étaient tous membres du service de renseignement libyen et ont activement participé au complot visant à détruire l'avion.
Ces éléments émergents ont suscité des spéculations concernant un potentiel second procès. En vertu de la loi écossaise sur le double jugement (Double Jeopardy (Scotland) Act 2011), rejuger un suspect acquitté est permis si de nouvelles preuves renforcent considérablement l'affaire contre lui. De plus, l'acte d'accusation du gouvernement américain de 1991 contre Fhimah restait techniquement en suspens. Les procureurs d'Écosse et de Washington devaient évaluer de nouvelles accusations si Al-Marimi était reconnu coupable lors de son prochain procès américain.
Poursuivre un second procès entre différentes juridictions aurait entraîné d'importantes frictions juridiques et politiques, notamment compte tenu du précédent de son acquittement en 2001. Bien que les avocats de la défense dans la procédure américaine aient récemment obtenu un report de procès pour examiner de nouvelles preuves, ce retard n'était pas lié à la santé de Fhimah. En fin de compte, la réalité biologique a devancé toute stratégie judiciaire, refusant définitivement aux procureurs une seconde opportunité de le traduire en justice.
Écrit par Andreas Hofer
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