
Le rituel familier du feu et des discours en France
Avec 800 000 personnes dans les rues et des centaines d'arrestations, Emmanuel Macron est confronté aux conséquences prévisibles d'une nation en paralysie fiscale et politique.
Par Thorben Thiede

Lorsqu'près d'un million de citoyens défilent dans les rues, que les gaz lacrymogènes envahissent les boulevards et que 1 800 personnes finissent en garde à vue, l'appareil politique français retrouve son réflexe le plus fiable : une allocution présidentielle. Emmanuel Macron s'apprête à reprendre la parole, chargé d'expliquer pourquoi la cinquième économie mondiale ne parvient pas à gérer les services publics de base ni à maintenir les vitrines des commerces intactes.
L'explosion de violence du week-end était aussi prévisible que destructrice. Environ 800 000 manifestants — un puissant cocktail de syndicats, d'étudiants et de militants des Gilets jaunes ravivés — se sont rassemblés à travers le pays pour exprimer leur colère face à la dégradation des conditions scolaires et à une crise incessante du coût de la vie. Pourtant, comme on pouvait s'y attendre, les griefs légitimes ont rapidement dégénéré en chaos de rue. Les affrontements avec les forces de l'ordre ont dramatiquement escaladé, laissant un manifestant avec une main sectionnée après avoir été frappé par une grenade de désencerclement de la police.
Au-delà des affrontements, la rupture de l'ordre civil a eu son coût économique habituel. Des foules opportunistes ont pillé des commerces avec un zèle désinvolte, s'emparant de tout, des boulangeries de quartier aux supermarchés en passant par les magasins d'électronique haut de gamme. Que les propriétaires de petites entreprises soient contraints de barricader leurs boutiques pour survivre à la stagnation économique induite par l'État et aux émeutes de rue en dit long sur l'état actuel de la république. Protester contre l'austérité gouvernementale est devenu une prophétie auto-réalisatrice dans une nation où l'intervention de l'État est perpétuellement réclamée mais budgétairement épuisée.
Alors que Macron prépare son discours, le piège structurel auquel Paris est confronté se resserre. Concilier les demandes publiques de subventions illimitées avec la réalité des finances de l'État est une impossibilité mathématique qu'aucune allocution télévisée éloquente ne peut résoudre. Brûler des produits de luxe et piller les boulangeries locales ne fera guère baisser le prix du beurre ni réparer les plafonds des salles de classe. La France reste prise dans un cycle familier de déni fiscal, où les ajustements économiques nécessaires sont accueillis par des pavés, et où le leadership consiste principalement à gérer les crises une fois les dégâts déjà faits.
Écrit par Martina Kirchner




