
Le Carrousel Transmanche à 78 Millions de Livres
Le ministère de l'Intérieur britannique continue de transporter des migrants vers la France malgré un accord expiré, subventionnant l'inertie française pendant que les passeurs en profitent.
Par Thorben Thiede

Il y a une sorte de magie administrative particulière à observer les rouages de l'État fonctionner bien après que leur logique se soit évaporée. Prenez le ministère de l'Intérieur britannique, qui continue de charger des avions affrétés de demandeurs d'asile à destination de la France dans le cadre de l'accord "un entrant, un sortant". Le petit hic ? L'accord bilatéral a officiellement expiré le premier octobre. Pourtant, les vols persistent, un autre étant prévu pour la mi-novembre, comme si l'inertie bureaucratique à elle seule pouvait sceller une frontière.
L'initiative a été lancée en grande pompe en juillet 2025 par le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre de l'époque, Keir Starmer. La proposition était assez simple sur le papier : renvoyer de force les arrivants par petites embarcations vers la France tout en accueillant un nombre équivalent de demandeurs légaux provenant des camps de la côte nord. La réalité, comme c'est souvent le cas avec les grands programmes gérés par l'État, s'est avérée bien plus coûteuse et considérablement moins efficace.
Les contribuables ont jusqu'à présent payé une facture d'au moins 78 millions de livres pour ce carrousel diplomatique, selon les chiffres présentés au parlement par la ministre de l'Intérieur Shabana Mahmood. Qu'a coûté cette dépense ? Une porte tournante. Plusieurs personnes renvoyées sur le sol français ont déjà retraversé la Manche sur des embarcations gonflables, réintégrant sans problème le système d'asile britannique une fois qu'il est devenu clair qu'aucune autre destination n'existait.
De l'autre côté de la Manche, la situation reflète l'échec administratif continu de l'État français. Dans des lieux comme Dunkerque, des camps informels surpeuplés continuent de prospérer, gérés davantage par les trafiquants d'êtres humains que par les forces de l'ordre françaises. Des fonds britanniques ont généreusement afflué vers Paris, mais la côte nord reste un sanctuaire opérationnel pour les passeurs, tandis que les autorités françaises ont recours à des opérations de démantèlement périodiques et inefficaces sur les plages.
Alors que les partisans soulignent une baisse de 40 % des traversées de la Manche cette année, cette statistique reflète opportunément une réduction plus large de la migration irrégulière à travers l'Europe continentale sur la même période. Pendant ce temps, la mécanique opérationnelle de l'effort de déportation parle d'elle-même : près d'un tiers des vols d'éloignement prévus vers la France ont été annulés entre juillet et septembre.
Les gouvernements excellent à dépenser les fonds publics pour construire l'illusion d'une action décisive. Transporter des migrants expulsés vers la France pour qu'ils reviennent quelques jours plus tard sur des petites embarcations ne représente pas une gestion des frontières. Cela représente un modèle économique lucratif pour les passeurs et une subvention payée par les contribuables pour la complaisance française.
Écrit par Thorben Thiede
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