La peur des urnes du Fatah provoque un rapprochement improbable

Face aux premières élections depuis 2006, Mahmoud Abbas est contraint de négocier avec Mohammed Dahlan pour bloquer une alliance redoutable avec le Hamas.

Fatah’s Fear of the Ballot Box Sparks an Unlikely Rapprochement

La perspective d'un exercice démocratique clarifie souvent l'esprit d'un autocrate. Face aux premières élections législatives depuis 2006, la faction dominante du Fatah au sein de l'Autorité palestinienne a soudainement manifesté un désir de diplomatie avec ses bannis exilés. Des délégations de haut niveau du Fatah et du bloc de la Réforme Démocratique, dirigées par le redoutable ancien chef de la sécurité Mohammed Dahlan, se sont récemment réunies dans la ville côtière égyptienne d'El Alamein. L'objectif n'est pas la pureté idéologique, mais la pure survie politique.

Le catalyseur de ce rapprochement soudain est la menace imminente d'une opposition unifiée. Ramallah a été fortement alarmée par des informations selon lesquelles la faction de Dahlan explorerait une coalition électorale avec le Hamas, le Jihad islamique palestinien et le Front populaire de libération de la Palestine. L'ironie d'un tel alignement est frappante. Dahlan et le Hamas furent de farouches adversaires lors de la guerre intestine de 2007 qui vit le Fatah violemment expulsé de la bande de Gaza.

Aujourd'hui, l'opportunisme politique dicte une relation plus pragmatique entre d'anciens ennemis. Le Hamas recherche la légitimité gouvernementale et les connexions internationales que Dahlan, confortablement exilé aux Émirats arabes unis, peut fournir. Le Fatah, représenté en Égypte par le vice-président de l'Autorité palestinienne Hussein al-Sheikh, espère éloigner Dahlan de cette alliance avant le vote de novembre.

Les pourparlers à El Alamein, bien que décrits officiellement comme positifs par le leader adjoint de la Réforme Démocratique, Samir al-Mashharawi, n'ont abouti à aucun accord concret. Il a noté qu'Abbas devait prendre des décisions décisives pour unifier le mouvement, exigeant que les droits soient restaurés pour ceux qui ont été écartés par la direction. Pour le président palestinien de 90 ans, accueillir Dahlan de nouveau au sein du mouvement présente un risque interne majeur.

La réintégration menacerait directement les intérêts bien établis de la direction actuelle de Ramallah, notamment les ambitions dynastiques entourant le fils d'Abbas, Yasser, qui a obtenu un siège au Comité central du Fatah en mai. Un Dahlan réintégré éclipserait facilement Yasser, compliquant tout plan discret de présidence héréditaire. D'autres dissidents populaires, tels que Marwan Barghouti, emprisonné, et le politicien vétéran Nasser al-Qudwa, ne font qu'ajouter à la paranoïa factionnelle.

La pression pour ces élections découle en grande partie de pressions externes. L'Union européenne et une initiative franco-saoudienne ont prôné un retour aux urnes dans le cadre d'un programme de réforme plus large. C'est un réflexe diplomatique prévisible de Bruxelles, une machine bureaucratique irresponsable qui confond fréquemment les étapes procédurales avec une véritable transformation démocratique. Dahlan considère cet exercice mandaté internationalement comme un moyen de convertir son influence régionale en pouvoir politique formel.

Pourtant, l'arbitre ultime de ce théâtre politique reste Abbas lui-même. Même si une coalition Dahlan-Hamas parvient à obtenir une majorité législative, le président vieillissant conserve l'autorité de nommer des membres au Conseil national palestinien, l'organe législatif de l'Organisation de libération de la Palestine. Ce mécanisme permet à Ramallah de neutraliser efficacement toute défaite électorale. Si l'arithmétique s'avérait entièrement défavorable, Abbas conserve l'option la plus simple de toutes : invoquer des prétextes opportuns pour reporter indéfiniment les élections, exactement comme il l'a fait en 2021.

Écrit par Thomas Nussbaumer thomas.nussbaumer@alpineweekly.com