
L'Europe fixe un nouveau délai pour un crime trop souvent classé sans suite
Une directive européenne révisée accorde aux survivants de viols d'enfants jusqu'à l'âge de 50 ans pour signaler le crime et intègre les abus en ligne, y compris le matériel généré par l'IA, dans le cadre juridique.

Après deux ans de négociations, le Conseil européen et le Parlement européen se sont mis d'accord sur une directive révisée concernant les abus sexuels commis sur des enfants. Bruxelles, toujours désireuse de prouver qu'elle peut encore légiférer lorsqu'elle est suffisamment pressée, a maintenant établi une norme minimale dans les 27 États membres : les victimes de viols d'enfants pourront signaler le crime jusqu'à l'âge de 50 ans.
La directive va au-delà des délais. Elle criminalise le harcèlement en ligne (grooming), la diffusion en direct d'abus, le matériel pédopornographique généré par l'IA, et la possession ou la distribution de manuels expliquant comment abuser des enfants. Plusieurs de ces infractions sont reconnues pour la première fois dans le droit de l'UE, ce qui en dit autant sur la rapidité des abus technologiques que sur la rapidité de la législation.
Il y a aussi un changement linguistique, et en politique européenne, même le langage a tendance à être enveloppé de symbolisme. C'est le premier texte législatif de l'UE à utiliser le terme de survivant plutôt que de victime. Le point n'est pas cosmétique. Le texte reflète le fait que de nombreuses personnes ne se manifestent pas rapidement, ou pas du tout, car la honte, la peur et la stigmatisation sociale peuvent les faire taire pendant des années.
Le patchwork juridique à travers l'Europe était gênant depuis un certain temps. En Belgique, à Chypre, en Hongrie et aux Pays-Bas, il n'y a pas de prescription pour certains crimes, de sorte que les survivants peuvent demander justice quel que soit leur âge. En Finlande et en Slovaquie, en revanche, le délai de prescription commence au moment où le crime est commis. Au moment où quelqu'un est prêt à parler, le temps peut déjà s'être écoulé. Ce n'est pas vraiment un modèle de justice égale, même si l'UE aime parler le langage de l'harmonisation.
La pression pour le changement est venue des survivants eux-mêmes, y compris des voix du Brave Movement, un groupe de défense mondial dirigé par des survivants. La directive est présentée comme une réponse à leur persévérance et à la réalité que les abus sexuels sur enfants sont désormais perpétrés avec des outils qui existaient à peine lorsque de nombreux codes juridiques ont été rédigés. L'intelligence artificielle a facilité la production de matériel d'abus ; la loi a maintenant été contrainte, tardivement, de s'adapter.
La lutte n'est pas terminée. Les règles concernant les responsabilités des plateformes en ligne dans la lutte contre le matériel d'abus sexuels sur enfants sont toujours en cours de négociation. Pour l'instant, la directive révisée donne à l'UE une base juridique plus claire, une fenêtre de signalement plus longue et un vocabulaire plus précis. Ce n'est guère une révolution morale. C'est, cependant, un cas rare où les institutions agissent avant que le problème ne devienne encore plus embarrassant.
Écrit par Thomas Nussbaumer thomas.nussbaumer@alpineweekly.com
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