
La conscription des sauveteurs : L'erreur bureaucratique de Berne
La décision unilatérale du Conseil fédéral suisse d'enrôler les ambulanciers paramédicaux dans le service militaire est une leçon magistrale de mauvaise gestion étatique.

Le système de milice suisse a longtemps été une pierre angulaire de son identité civique, un rappel pittoresque d'une nation aisée qui aime jouer à la défense tout en étant confortablement entourée de voisins amicaux. Pourtant, le dernier décret du Conseil fédéral révèle une étrange cécité bureaucratique. Dans un mouvement unilatéral qui a contourné la consultation standard, Berne a décidé que les ambulanciers paramédicaux du pays devaient retourner au service militaire obligatoire. L'État cannibalise effectivement sa réponse d'urgence civile pour gonfler les rangs de ses forces armées.
L'arithmétique de cette décision est stupéfiante pour les services de secours locaux. Dans des cantons comme le Jura, jusqu'à la moitié des effectifs d'ambulanciers paramédicaux pourrait être conscrite. Romuald Cretin, qui dirige la Conférence des associations professionnelles des services de secours et l'association genevoise, souligne les dommages opérationnels immédiats.
Sur ses 74 collaborateurs, 13 sont désormais soumis à la conscription. Les absences accumulées équivalent à la perte pure et simple d'un poste à temps plein chaque année. Pour un secteur qui peine déjà à recruter sur un marché du travail tendu, ce mandat descendant est moins un devoir patriotique qu'un cauchemar logistique.
Le système étatique suisse se targue généralement d'une efficacité pragmatique, mais la conscription de personnel médical d'urgence pour passer 20 à 25 jours en uniforme perturbe un emploi du temps déjà fragile. Cretin note que si les urgences aiguës comme les arrêts cardiaques seront toujours couvertes, la tension se déplacera inévitablement vers d'autres domaines. Une ambulance dépêchée pour un fémur cassé pourrait être soudainement redirigée, laissant les patients en attente tandis que les professionnels mêmes qui devraient les soigner sont occupés à participer à des exercices militaires. L'Interassociation des systèmes de sauvetage a déjà porté la question devant les directeurs cantonaux de la santé, soulignant la nature arbitraire du décret.
La réaction à Berne a été rapide, démontrant que le parlement suisse, d'habitude docile, peut encore reconnaître une erreur administrative. Yvan Pahud, conseiller national de l'UDC (Union Démocratique du Centre) vaudoise, a lancé une motion interpartis exigeant un revirement immédiat de la politique. Il soutient que retirer un ambulancier paramédical de la rotation civile pendant près d'un mois n'apporte pratiquement rien à la préparation opérationnelle de l'armée, mais perturbe gravement la planification des ambulances civiles.
La tentative du Conseil fédéral d'intégrer davantage de personnel dans le service militaire reflète une incompréhension naïve de l'allocation des ressources. Un pays riche et hautement éduqué ne devrait pas avoir à compromettre son filet de sécurité civile 24 heures sur 24 pour satisfaire des quotas de troupes arbitraires. Si le gouvernement souhaite maintenir un appareil d'État fonctionnel, il devra discrètement retirer ce mandat. Sinon, le public suisse pourrait découvrir que la plus grande menace pour sa sécurité médicale immédiate est sa propre bureaucratie de la défense.
Écrit par Freya Stensrud freya.stensrud@alpineweekly.com
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