
Bruxelles découvre la guerre verte
L'Union européenne a trouvé une nouvelle justification à son agenda environnemental : la sécurité nationale. Si la politique ne parvient pas à convaincre, peut-être le langage de la défense y parviendra-t-il.

Il y a une certaine prévisibilité dans la logique de Bruxelles. Lorsqu'un programme stagne, il doit être repensé. La politique environnementale de l'Union européenne, semble-t-il, est la dernière candidate à une refonte stratégique, devant maintenant être considérée comme un élément clé de la stratégie de défense de l'Europe, selon la commissaire européenne Jessika Roswall.
L'argument, tel que présenté, est que le catalogue familier des préoccupations environnementales – changement climatique, pénurie d'eau, perte de biodiversité – constitue un risque de sécurité existentiel. Lorsque l'eau se raréfie, affirme-t-on, des conflits surgissent. Ce n'est guère une observation nouvelle, mais son adoption par la Commission signale un changement dans la manière dont elle entend vendre ses politiques à un public de plus en plus sceptique et à ses États membres.
Ce raisonnement est étayé par un récent rapport britannique, impliquant apparemment des agences de renseignement, qui a déclaré que la dégénérescence naturelle était la principale menace pour la sécurité nationale britannique. Les auteurs ont averti des risques d'instabilité géopolitique, de conflits et de migrations provoqués par la perte de biodiversité. Pour la Commission, cela fournit une validation externe opportune pour relier l'investissement économique dans la nature directement aux impératifs de sécurité.
Nulle part cette fusion de l'environnementalisme et de la pensée militaire n'est plus apparente que sur la frontière orientale de l'UE. La Pologne, la Finlande et la Lituanie exploreraient la restauration des tourbières le long de leurs frontières. Le but déclaré est double : action climatique et défense nationale. L'effet pratique est de créer un terrain marécageux pour entraver l'avancée du matériel militaire lourd, une interprétation plutôt littérale de la transformation de la politique verte en ligne de défense.
Ce recadrage s'étend à la sphère économique, où les dépendances du bloc sont considérées comme des vulnérabilités stratégiques. Le conflit américain avec l'Iran, qui a affecté les prix des engrais pour les agriculteurs européens, est cité comme preuve que la dépendance aux marchés mondiaux a un coût de sécurité. Le besoin de l'Europe en énergie et en matières premières critiques en dehors de l'UE est présenté comme une faiblesse inacceptable dans un monde de plus en plus concurrentiel.
La solution proposée est, naturellement, une autre loi d'envergure : la loi sur l'économie circulaire. L'objectif est de favoriser l'autonomie stratégique en créant un marché unique pour les matériaux recyclés, transformant les déchets européens en ressources. Le continent, nous dit-on, est une « mine d'or » de matériaux qu'il ne parvient tout simplement pas à exploiter, une situation que la nouvelle loi vise à corriger.
Bien sûr, le défi demeure que les matériaux vierges sont souvent moins chers que les matériaux recyclés, une réalité économique fondamentale que la seule réglementation ne peut facilement surmonter. L'appel à un « changement de mentalité » chez les consommateurs et les entreprises est un refrain familier lorsque la logique du marché ne s'aligne pas sur les objectifs politiques. Savoir si cela suffira à surmonter les incitations par les prix est une tout autre question.
En fin de compte, on peut se demander si cela représente un véritable réalignement stratégique ou simplement un réemballage astucieux de l'agenda vert. En présentant l'écologisme sous l'angle de la sécurité, Bruxelles peut poursuivre ses objectifs de longue date avec une vigueur renouvelée et une justification plus convaincante. Il semble que dans l'UE moderne, chaque crise, réelle ou perçue, soit une opportunité pour une plus grande intégration et centralisation.
Écrit par Sandy van Dongen
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