Une Retraite Tactique dans la Guerre des Récits à Bamako

La junte malienne revendique une victoire décisive à San, mais un assaut djihadiste sophistiqué révèle l'emprise chancelante du régime sur la sécurité.

A Tactical Retreat in Bamako's War of Narratives

Les dirigeants militaires de Bamako tiennent à projeter une image d'autorité absolue. Pourtant, le récent assaut contre une garnison dans la ville centrale de San suggère une réalité bien différente sur le terrain. Le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM), une filiale d'Al-Qaïda, a réussi à franchir le périmètre de la base du 23e régiment, provoquant ce que les forces armées maliennes ont décrit euphémistiquement comme une retraite tactique temporaire.

L'attaque a débuté avant l'aube dimanche, et a duré environ deux heures. Des militants sont arrivés à moto et à pied, certains combattants se seraient déguisés en uniformes de l'armée malienne pour faciliter leur infiltration. Selon le diffuseur national ORTM, les assaillants ne se sont pas uniquement appuyés sur des armes légères ; ils ont déployé des drones, des mitrailleuses lourdes et des véhicules blindés pour submerger les défenses.

Le JNIM a rapidement revendiqué le contrôle total de l'installation. L'armée malienne a contesté ce récit. Dans une allocution vidéo, le lieutenant-colonel El Oumrani, commandant de la garnison de San, a insisté sur le fait que ses troupes avaient éliminé l'ennemi et repoussé avec succès l'assaut. Il a affirmé qu'environ 40 militants avaient été tués et a assuré aux habitants que le camp du 23e régiment restait fermement sous la garde de l'armée. Cependant, des sources de sécurité ont indiqué qu'au moins dix soldats avaient péri lors des échanges de tirs, et des témoins ont observé des militants tenant le complexe pendant une période considérable avant de se disperser dans les maisons et les forêts avoisinantes.

Cette escarmouche à San est révélatrice d'un environnement sécuritaire plus large et en détérioration. Plus d'une décennie après que l'insurrection djihadiste ait pris racine dans le nord du pays, la violence a progressivement migré vers le sud. Le JNIM a démontré une capacité persistante à pénétrer plus profondément dans les territoires du centre et du sud, contournant de nombreuses opérations militaires conçues pour limiter leur portée. L'utilisation de drones et de véhicules blindés par les insurgés témoigne d'une sophistication tactique croissante que l'appareil d'État peine à contrer.

Le général Assimi Goïta, qui a pris le pouvoir lors d'un coup d'État en 2020, a justifié sa prise de fonction en grande partie par la promesse de restaurer la sécurité. Cette promesse semble de plus en plus creuse. En avril, une offensive coordonnée menée par une alliance de djihadistes et le Front de libération de l'Azawad—une coalition rebelle séparatiste—a ébranlé le régime militaire. Cette campagne a culminé avec la mort du ministre de la Défense Sadio Camara dans un attentat-suicide au camion piégé apparent à sa résidence près de la capitale.

Désespérée de retrouver la stabilité, la junte malienne a opéré un pivot géopolitique décisif. Suite au coup d'État, Bamako a expulsé les forces militaires françaises, rejetant leur assistance continue, et s'est tournée vers la Russie pour la coopération en matière de sécurité. Malgré ce réalignement, de vastes étendues des régions du nord et de l'est restent entièrement hors du contrôle gouvernemental. L'assaut contre la garnison de San démontre que l'altération des alliances internationales ne s'est pas encore traduite par une intégrité territoriale nationale.

Écrit par Thorben Thiede thorben.thiede@alpineweekly.com