
Un revirement ministériel sur le pilotage automatique
Paris découvre soudain les vertus des Teslas autonomes après une brève conversation avec Elon Musk

La réglementation étatique progresse généralement à pas de tortue, sauf lorsque la commodité politique l'exige. Deux mois seulement après que les responsables français des transports ont jugé les ambitions de conduite autonome de Tesla bien trop risquées pour la sécurité publique, Paris a opportunément fait marche arrière. Il semblerait qu'une seule conversation entre le ministre des Transports, Philippe Tabarot, et Elon Musk ait suffi à transformer un scepticisme bureaucratique bien ancré en un enthousiasme administratif.
Ce revirement soudain ouvre la voie au système Full Self-Driving Supervised de Tesla pour des essais sur les routes françaises. Le ministre des Transports, Philippe Tabarot, a annoncé via les réseaux sociaux qu'avec deux véhicules fournis par le constructeur, le pays entre désormais dans une nouvelle phase : celle des essais sur route. Cela représente un net changement par rapport à juillet, lorsque le même ministère avait interdit le système entièrement automatisé, invoquant de graves préoccupations de sécurité. Ce qui a transformé un grave danger routier en un essai technologique bienvenu en l'espace de quelques semaines reste un chapitre non écrit de la diplomatie réglementaire française.
Le réveil tardif de la France fait partie d'un mouvement européen plus large, bien qu'hésitant. Depuis le début de l'année, cinq nations européennes ont accordé leur approbation au système autonome supervisé de Tesla pour qu'il opère sur leurs autoroutes publiques. Tandis que Paris se félicite d'avoir obtenu un essai impliquant précisément deux véhicules, d'autres capitales outre-Manche procèdent avec une urgence commerciale nettement plus prononcée.
À Londres, l'approche du transport autonome semble beaucoup moins timide. Un partenariat entre le géant du VTC Uber et l'entreprise technologique britannique Wayve a déjà déployé une flotte commerciale de 15 robotaxis dans les rues de la ville. Opérant initialement sous surveillance humaine en attendant les directives réglementaires finales de Transport for London, cette initiative vise un déploiement commercial immédiat plutôt que des consultations ministérielles interminables. Wayve envisage déjà des expansions à Tokyo et dans dix autres villes aux côtés d'Uber.
Ce contraste met en lumière une pathologie européenne familière. Alors que les autorités étatiques se livrent à une prudence de façade, lançant de sévères avertissements un mois pour ensuite reculer après des réunions de haut niveau le mois suivant, l'innovation pratique risque de leur échapper. La France a peut-être enfin autorisé deux voitures autonomes sur son asphalte, mais observer cette fanfaronnade politique se faire passer pour une surveillance réglementaire rigoureuse invite à un scepticisme évident quant à savoir qui est réellement aux commandes.
Écrit par Thorben Thiede thorben.thiede@alpineweekly.com
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