Des funérailles et une alliance fracturée : le pari de Netanyahu à Washington

Le Premier ministre israélien cherche un soutien électoral de la part d'une Maison Blanche frustrée, alors que les désaccords s'aggravent concernant l'Iran, le Liban et la Cisjordanie.

A Funeral and a Fractured Alliance: Netanyahu's Washington Gamble

À Washington, les funérailles sont rarement de simples moments de deuil. Lorsque le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu arrive dans la capitale américaine pour assister à l'hommage funèbre du sénateur républicain Lindsey Graham, décédé le 11 juillet, cette occasion solennelle offre une couverture opportune pour une mission diplomatique transactionnelle. Confronté aux élections nationales du 27 octobre, Netanyahu cherche un soutien électoral auprès du président Donald Trump. Pourtant, la rencontre se déroule dans un contexte de graves frictions stratégiques, marquant leur première confrontation directe depuis les frappes conjointes américano-israéliennes sur Téhéran le 28 février.

La campagne militaire contre l'Iran a d'abord montré un front uni, mais les mois suivants ont révélé un fossé grandissant dans les objectifs. Alors que Washington recherche des portes de sortie diplomatiques, notamment le protocole d'accord du 17 juin avec Téhéran visant un cessez-le-feu régional, le gouvernement israélien semble engagé dans des objectifs maximalistes. Des rapports indiquent que le président américain a exprimé une profonde frustration en privé, utilisant prétendument des propos grossiers pour décrire le Premier ministre israélien et l'accusant de saboter les efforts de paix. Les désaccords sur un potentiel changement de régime en Iran et la présence militaire israélienne continue au Liban ont gravement mis à l'épreuve l'alliance. Téhéran a explicitement conditionné tout accord de paix au retrait israélien du territoire libanais, une exigence que Jérusalem rejette, affirmant que ses forces doivent conserver la liberté de frapper les positions du Hezbollah.

Le calcul politique intérieur de Netanyahu complique la relation bilatérale. S'appuyant fortement sur des partenaires de coalition d'extrême droite alignés sur le mouvement des colons, le Premier ministre a supervisé une flambée de l'expansion des colonies et des raids militaires en Cisjordanie. Une récente fusillade meurtrière dans la ville de Tal a fait deux Israéliens et quatre Palestiniens morts, déclenchant des violences généralisées de la part des colons ce week-end. Cette escalade a alarmé la Maison Blanche, qui s'oppose formellement à toute annexion israélienne du territoire. Cette inquiétude est partagée au sein d'Israël même ; un groupe de 600 anciens responsables israéliens a récemment adressé une pétition à Trump, l'exhortant à intervenir et à empêcher une nouvelle déstabilisation en Cisjordanie.

Au-delà du théâtre de conflit immédiat, les deux dirigeants ont d'autres dossiers complexes à gérer. Les Accords d'Abraham restent une pierre angulaire de la politique de Trump au Moyen-Orient, le Kazakhstan ayant rejoint les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc et le Soudan dans la normalisation des liens. Cependant, l'intégration régionale plus large est menacée par les hostilités en cours. La décision de Washington de vendre des avions de chasse F-35 à la Turquie a également ajouté une nouvelle couche d'irritation bilatérale. Alors que Netanyahu rejette publiquement ces différends, insistant sur le fait que les relations restent intactes, la réalité est une divergence flagrante de priorités. Trump cherche une victoire en matière de politique étrangère par la stabilisation régionale, tandis que Netanyahu a besoin de manœuvres politiques perpétuelles pour assurer sa survie lors du prochain vote d'octobre.

Écrit par Freya Stensrud freya.stensrud@alpineweekly.com