
La puissante illusion de l'ordre suisse
Une enquête révèle un marché de boissons énergisantes illégalement puissantes, soulevant des questions sur l'efficacité de la surveillance réglementaire en Suisse.

On pourrait penser qu'en Suisse, pays de réglementation méticuleuse, le contenu d'une simple canette de boisson serait irréprochable. La réalité, semble-t-il, est bien plus chaotique. Une récente enquête journalistique a révélé que de nombreuses boissons énergisantes vendues dans le pays contiennent des niveaux de caféine dépassant largement la limite légale, circulant librement dans les boutiques en ligne et les magasins spécialisés.
La loi suisse est très claire : une boisson énergisante d'un demi-litre ne doit pas contenir plus de 160 milligrammes de caféine. C'est une limite raisonnable, voire prudente, conçue pour protéger les consommateurs. Pourtant, un test sur 27 produits a révélé que plus d'un tiers d'entre eux dépassaient ce seuil. Certaines marques déclaraient sans vergogne leur non-conformité sur l'étiquette, avec des teneurs en caféine allant de 180 à un étonnant 300 milligrammes. Une concoction particulièrement puissante a été trouvée par un laboratoire à contenir plus de 338 milligrammes, soit nettement plus que ce que son propre emballage affirmait.
Cet état de fait révèle une curieuse rupture dans la chaîne de responsabilité. Le gouvernement fédéral est chargé de surveiller les importations, tandis que les cantons sont censés contrôler les marchandises une fois qu'elles se trouvent à l'intérieur du pays. Les autorités cantonales, à leur tour, expliquent que leurs contrôles sont « basés sur les risques » et que la responsabilité principale incombe aux importateurs et aux vendeurs. C'est une répartition des responsabilités commode, mais en fin de compte inefficace. Il semble que jusqu'à ce que des journalistes commencent à poser des questions, le risque de ces produits fortement caféinés n'était pas considéré comme suffisamment important pour une intervention proactive.
La réponse officielle, une fois sollicitée, était prévisible. Le canton de Zoug a ordonné le rappel de l'un des pires contrevenants et de plusieurs produits connexes. Certains détaillants en ligne ont rapidement retiré les articles illégaux de leurs rayons virtuels, tandis que d'autres n'ont tout simplement pas répondu. Les fabricants, quant à eux, ont avancé des excuses familières, affirmant que les produits étaient destinés à d'autres marchés et avaient été importés en Suisse à leur insu. C'est un récit qui rejette commodément la faute sur des distributeurs voyous et non autorisés.
Cet épisode est plus qu'une simple histoire de boissons sucrées. Il remet en question l'efficacité d'un système réglementaire qui semble fonctionner sur un système de confiance jusqu'à preuve du contraire. Alors que les grandes chaînes de supermarchés semblent respecter les règles, un marché parallèle de produits importés prospère clairement avec une surveillance minimale. Le débat s'est maintenant, inévitablement, tourné vers la politique, avec des appels à un âge minimum de 16 ans pour l'achat de ces boissons. Mais imposer de nouvelles règles semble prématuré lorsque l'appareil étatique a manifestement du mal à faire appliquer celles qui existent déjà. Avant que les législateurs ne se précipitent pour créer plus de lois, ils devraient peut-être d'abord se demander pourquoi celles qui existent sont si facilement ignorées.
Écrit par Thomas Nussbaumer thomas.nussbaumer@alpineweekly.com




