Le lourd tribut de l'inertie : comment Bruxelles et les capitales européennes paient une facture énergétique de 41 milliards d'euros

L'instabilité au Moyen-Orient a une fois de plus exposé les vulnérabilités énergétiques structurelles de l'Europe et son réflexe à traiter les chocs géopolitiques par davantage de bureaucratie.

The High Price of Inertia: How Brussels and European Capitals Are Footing a 41 Billion Euro Energy Bill

Chaque fois que des frictions géopolitiques éclatent au Moyen-Orient, la facture atterrit directement aux portes de l'Europe. Suite au conflit militaire initié par les États-Unis et Israël contre l'Iran le 28 février, les marchés mondiaux de l'énergie ont connu une volatilité attendue. Pourtant, alors que des fournisseurs comme la Norvège profitent tranquillement de leurs réserves naturelles, les grandes nations européennes se retrouvent à émettre des chèques massifs pour une valeur fantôme – payant bien plus d'argent pour exactement le même volume de carburant.

Les données du Centre de recherche sur l'énergie et l'air pur révèlent un chiffre inquiétant : entre mars et août, quatre grandes économies de l'UE ont dépensé près de 41 milliards d'euros en coûts supplémentaires d'importation de combustibles fossiles. L'Italie a été en tête avec 12,7 milliards d'euros, suivie de près par les Pays-Bas fortement bureaucratisés avec 11,5 milliards d'euros. La France, accablée par des finances publiques alarmantes et une inertie structurelle, a absorbé 10,8 milliards d'euros, tandis que l'Espagne, dirigée par des socialistes, a accumulé 8,8 milliards d'euros supplémentaires. À l'échelle mondiale, la flambée des prix a extrait plus de 282 milliards d'euros de 134 pays, tirée par une hausse de 59 % des prix du diesel et des hausses de 60 % des prix du GNL atlantique.

Pour les industries et les ménages européens, les dégâts vont bien au-delà des pompes à essence. Le diesel alimente les camions de fret, les machines agricoles et les chaînes d'approvisionnement industrielles sur tout le continent. Lorsque les coûts du carburant s'envolent, chaque produit de consommation porte la marque de dépenses de transport plus élevées. Pourtant, la réaction de la machine bruxelloise évite de manière prévisible toute auto-examen concernant les déficits structurels de l'Union européenne, le manque de responsabilité démocratique ou l'habitude de masquer la faiblesse économique sous des couches de conformité réglementaire.

Au lieu de cela, plus de 100 organisations non gouvernementales dirigées par le Climate Action Network Europe ont envoyé une lettre à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avant son discours sur l'état de l'Union le 16 septembre. Leur demande est entièrement prévisible : commander une autre étude indépendante, inspirée du rapport Draghi, pour concevoir une sortie des combustibles fossiles dirigée par l'État. C'est l'appareil standard de l'UE au travail : face à la dure réalité du marché, la bureaucratie réclame un autre grand rapport et des mandats administratifs élargis.

Certes, la capacité renouvelable installée à travers le bloc depuis 2020 a compensé environ 36 milliards d'euros d'achats de combustibles fossiles au cours des cinq premiers mois de la crise. Le remplacement du carburant importé par de l'électricité domestique procure un véritable soulagement économique. Pourtant, tant que les dirigeants européens considéreront la stratégie énergétique sous l'angle de la planification centralisée plutôt que de la résilience du marché, les citoyens européens resteront exposés aux chocs géopolitiques orchestrés ailleurs.

Écrit par Freya Stensrud freya.stensrud@alpineweekly.com