Le coût de la bureaucratie : la planification énergétique de l'Allemagne vacille à l'approche de l'hiver

Avec des stocks de gaz historiquement bas et des objectifs obligatoires inatteignables, les consommateurs font face à une facture salée pour des interventions de marché ratées.

The Cost of Bureaucracy: Germany’s Energy Planning Falters as Winter Nears

Les objectifs imposés par l'État peuvent-ils l'emporter sur l'arithmétique économique de base ? La politique énergétique allemande semble déterminée à tester cette proposition chaque hiver, les consommateurs payant systématiquement le prix de la planification centrale réglementaire.

À l'approche du froid, les installations de stockage de gaz de l'Allemagne atteignent un niveau historiquement bas de seulement 58,7 % de leur capacité, soit environ 145,3 térawattheures. À titre de comparaison, ce chiffre était de 76 % en octobre de l'année dernière, ou de près de 86 % en moyenne historique entre 2017 et 2021. L'exigence légale d'atteindre 80 % de capacité d'ici le 1er novembre est désormais pratiquement impossible à atteindre. Même Klaus Müller, président de l'Agence fédérale des réseaux, a discrètement concédé cette réalité.

Les conséquences financières pour les ménages sont immédiates et graves. Le portail de comparaison de prix Verivox prévoit des augmentations de tarifs de services publics pouvant atteindre 20 % au tournant de l'année, impactant les contrats nouveaux et existants dans un pays où la moitié des foyers dépendent du chauffage au gaz. Pour une maison familiale standard, cela se traduit par une augmentation de la facture de chauffage annuelle de 2 000 euros à environ 2 400 euros. L'électricité n'apporte pas non plus de soulagement, car les tarifs par kilowattheure sont déjà passés de 0,26 euro en mars à 0,31 euro.

Cette situation était entièrement prévisible après que le froid de l'hiver dernier ait épuisé les réserves à 21 % en mars. Les mécanismes de marché ont systématiquement échoué lorsqu'un écart négatif été-hiver — en partie dû à des perturbations du marché international liées au conflit en Iran — a rendu les contrats à terme d'hiver moins chers que le gaz d'été. Stocker du gaz début septembre entraînait une perte garantie de 3,14 euros par mégawattheure pour les négociants en énergie. Comme l'a observé Kerstin Andreae, présidente de l'association énergétique BDEW : Il serait actuellement non économique de conserver et de stocker du gaz. On ne peut guère s'attendre à ce que des entités privées fonctionnent à perte pour compenser des mandats législatifs.

Au-delà des insuffisances de stockage, les prélèvements imposés par l'État continuent d'alourdir le fardeau des budgets domestiques. La taxe carbone nationale, qui s'élevait à 25 euros par tonne à son lancement en 2021, se situe désormais entre 55 et 65 euros par tonne. Les perspectives au-delà de 2027 offrent encore moins de réconfort aux contribuables. Une fois que le mécanisme ETS 2 de l'Union européenne entrera en vigueur en 2028, plafonnant les quotas d'émissions disponibles pour restreindre la demande, les prix du carbone pourraient atteindre 200 euros par tonne, selon les calculs du président du ZEW, Achim Wambach. Ce seul mécanisme réglementaire menace d'ajouter 1 000 euros supplémentaires à la facture de chauffage annuelle d'une famille moyenne.

Lorsque les réglementations créent des désincitations financières au stockage de carburant et que les taxes gonflent systématiquement les coûts de chauffage, les pénuries hivernales et la flambée des factures cessent d'être de la malchance. Elles deviennent les résultats inévitables et prévisibles d'une vision politique erronée.

Écrit par Andreas Hofer

andreas.hofer@alpineweekly.com