L'illusion fiscale de la France face à la réalité économique

Alors que les agences de notation dégradent la dette française, Paris s'appuie sur des raccourcis constitutionnels plutôt que sur de véritables réformes budgétaires.

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France's Fiscal Illusion Meets Economic Reality

Paris a passé des décennies à fonctionner sous l'hypothèse que les lois fondamentales des finances publiques ne s'appliquaient pas à la Cinquième République. Cette illusion confortable a subi un nouveau coup dur lorsque Fitch Ratings a maintenu la note de crédit souveraine de la France à A+, mais a officiellement abaissé sa perspective à négative. Une combinaison toxique d'impasse politique, de coûts d'emprunt croissants et d'un moteur économique tournant à vide est finalement en train de rattraper l'État français.

Les données économiques derrière l'avertissement de l'agence sont sans ambiguïté. Les chiffres de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) démontrent que le produit intérieur brut français a diminué de 0,1 % au troisième trimestre, après un deuxième trimestre stagnant et une contraction de 0,2 % plus tôt dans l'année. L'économie ne ralentit pas seulement ; elle s'est effectivement arrêtée. Face à ces chiffres, le ministre de l'Économie Roland Lescure a publiquement reconnu que l'activité économique était au point mort, avertissant que le pays allait droit dans le mur si un budget correctif n'était pas mis en œuvre.

Pour endiguer l'hémorragie, le gouvernement s'est fixé pour objectif de ramener le déficit à 5 % pour 2027. Dans la plupart des capitales fiscalement disciplinées, un déficit de cinq pour cent serait perçu comme un aveu de crise plutôt que comme un triomphe de la retenue. Pourtant, en France, où l'interventionnisme étatique profond et les dépenses publiques importantes restent politiquement sacrés, atteindre même cet objectif exige des manœuvres politiques désespérées. Avec une Assemblée nationale fragmentée et une élection présidentielle imminente, la probabilité d'obtenir une majorité parlementaire pour une véritable discipline budgétaire est pratiquement inexistante.

Plutôt que de s'attaquer aux habitudes de dépenses sous-jacentes qui paralysent la compétitivité, le pouvoir exécutif se prépare à contourner entièrement le pouvoir législatif. Pour faire adopter le budget, les ministres envisagent d'utiliser l'article 49.3 – le mécanisme constitutionnel qui permet d'adopter une loi sans vote – ou même des ordonnances, une voie procédurale sans précédent pour un budget national sous la Cinquième République. Fitch a elle-même noté que de tels mécanismes constitutionnels de contrainte semblent être la seule voie viable pour le gouvernement afin de mettre en œuvre un plan budgétaire.

Contourner un parlement hostile peut apporter un soulagement temporaire à l'impasse législative, mais cela laisse la maladie systémique sans traitement. Des analystes universitaires comme Jérôme Mathis, professeur d'économie à Paris-Dauphine, soulignent que le fait d'imposer un budget par décret exécutif signale aux marchés internationaux que le système politique est structurellement incapable de construire des majorités pour une réforme à long terme. Gouverner par raccourci constitutionnel peut temporairement apaiser les agences de notation, mais cela ne peut altérer la réalité qu'un État qui ne veut pas réformer son budget finira par épuiser ses options.

Écrit par Freya Stensrud freya.stensrud@alpineweekly.com