Lâcheté fiscale à Berne : L'illusion non financée de la treizième rente

Le Conseil national opte pour une hausse partielle de la TVA, laissant un trou de plusieurs milliards de francs dans les réserves de l'AVS.

Fiscal Cowardice in Bern: The Unfunded Illusion of the Thirteenth Pension

La Suisse s'appuie fréquemment sur son immense richesse pour amortir les coups de sa propre naïveté politique. La dernière manœuvre du Conseil national concernant la treizième rente AVS, fraîchement instituée, illustre parfaitement cette habitude. Les législateurs ont décidé d'octroyer de nouvelles prestations généreuses tout en refusant obstinément de les financer intégralement. En rejetant une modeste augmentation des contributions salariales, le parlement a essentiellement choisi de vider le fonds de pension national plutôt que de confronter les électeurs au véritable coût de leur politique sociale. C'est une démonstration frappante de lâcheté fiscale de la part d'un pays qui se targue de stabilité et de gestion prudente de l'État.

Les mécanismes de ce compromis bancal sont simples, mais profondément viciés. Une majorité parlementaire étroite a accepté d'augmenter le taux normal de la taxe sur la valeur ajoutée de 0,4 point de pourcentage, le faisant passer de 8,1 à 8,5 %. Le taux spécial pour l'industrie hôtelière augmentera à 4 %, tandis que le taux réduit pour les produits de première nécessité reste inchangé. Ce compromis n'a été possible que parce que le Parti vert'libéral a abandonné son opposition précédente à une hausse illimitée de la TVA. Cependant, une proposition d'augmenter les contributions salariales de seulement 0,2 point de pourcentage a été rejetée de justesse. Par conséquent, l'augmentation d'impôt approuvée ne couvrira à peine que la moitié du coût des nouvelles rentes.

L'arithmétique financière est implacable. Le premier versement de la treizième rente sera effectué en décembre, créant instantanément un trou de 4,2 milliards de francs dans le budget. Même si les électeurs approuvent l'augmentation de la TVA lors du référendum prévu en novembre, les ajustements de prix des entreprises retarderont toute génération de revenus effective. Pendant deux années complètes, la rente supplémentaire sera distribuée sans un seul franc de financement dédié, drainant environ 9 milliards de francs des réserves de l'AVS. Une base de capital décroissante génère inévitablement des rendements d'investissement plus faibles, créant un cercle vicieux qui rendra les futurs efforts de stabilisation drastiquement plus coûteux.

La Conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider a évité de faire des commentaires publics après le vote, ayant précédemment insisté qu'aucune stratégie alternative n'était nécessaire. Son silence est symptomatique d'une paralysie politique plus large au sein des branches exécutive et législative. Les partis de gauche et du centre — le Parti socialiste, Les Verts, Le Centre et les Vert'libéraux — devraient soutenir le référendum de novembre par pure nécessité plutôt que par conviction. Pendant ce temps, l'Union démocratique du Centre et le PLR.Les Libéraux-Radicaux se préparent à combattre agressivement la hausse d'impôt. L'électorat sera bientôt appelé à approuver une augmentation d'impôt qui ne résout pas le déficit sous-jacent, exposant une nation riche totalement réticente à pratiquer une comptabilité élémentaire.

Écrit par Thorben Thiede thorben.thiede@alpineweekly.com